Et si c’était Chatel, le hAAAndicap de l’école ?

Cher Monsieur Luc (Chatel),

Une fois n’est pas coutume, il me faut aujourd’hui te rendre hommage. Ton administration réalise avec opiniâtreté de véritables prouesses et imagine des projets tous plus humanistes les uns que les autres (projet d’évaluation des enfants « à risques » de maternelle, projet d’évaluation des enseignants par le directeur d’établissement) pendant que toi, brillant chef d’orchestre, tu viens nous expliquer avec zèle et servilité sur les plateaux télé et radio en quoi ses actions mal comprises nous seront pourtant salutaires.

Ta politique de coupes budgétaires à répétition (-17000 en sept 2011, -14000 prévus en sept 2012, -70 000 en 5 ans !), aux seuls desseins de contenter tes employeurs Moody’s et Standard & Poor’s, a accouché d’un gigantesque tamis duquel les élèves les moins armés intellectuellement, physiquement ou socialement sont exfiltrés.

Un « triple A », ça n’a pas de prix et c’est une jouissance incommensurable. Regarde comme nos amis Grecs sont malheureux de ne pas l’avoir. Ca n’a pas de prix mais ça a un coût : celui, entre autres, de la mise au rebut des milliers d’élèves en situation de handicap que tu déposes dans la corbeille de la mariée.

Et oui, grâce à tes décisions et à celles de ton gouvernement, les classes primaires de notre école publique sont maintenant de vastes poulaillers, financés par un Prêt à Taux Zéro dans lesquels l’élevage se fait en batterie. Et comme pour la filière avicole, seuls les plus résistants s’en sortiront indemnes.

Mais ton talent, ou le comble de l’abjection, selon le prisme qu’on utilise, réside dans le sentiment que tu donnes aux élèves en situation de handicap et à leurs parents de t’intéresser à eux, de les placer au centre de tes préoccupations. Le discours est ciselé, la mécanique parfaitement huilée.

Seulement voilà, si la communication est par nature volage, les faits eux sont têtus. A titre d’illustration, je me permets de te poser un petit problème tiré de la vie réelle d’un groupe scolaire (maternelle+élémentaire) d’une commune du Morbihan. Gageons que par effet purement statistique, ce cas est loin d’être isolé !

    • Question 1: à échéance de Janvier, la maternelle accueillera 135 enfants pour 4.5 classes (5 classes le matin, 4 l’après-midi). Entre parenthèses, quelle belle preuve d’intelligence de tes services ce 1/2 poste, aurions-nous des 1/2 élèves … ? L’après-midi, les effectifs moyens culmineront donc à 34 élèves/classe. Comment un enseignant peut-il s’y prendre pour mettre en place le si précieux « suivi personnalisé » , le « sur-mesure » (ta marotte !) des élèves en situation de handicap dans ces conditions ?
    • Question 2 : explique-moi également pourquoi les Auxiliaires de Vie Scolaire, censés épauler l’enseignant et pourtant point d’orgue de ta communication récente, ne sont-ils pour certains toujours pas en poste dans cette école maternelle; s’agirait-il d’une volonté délibérée d’économie sur le dos des enfants handicapés alors même que tu annonces le contraire ??
    • Question 3 : trouves-tu acceptable que ton administration, par son incapacité chronique et patente à assurer les remplacements – pourtant prévus – d’enseignants absents (alors même que nous ne sommes pas encore entrés dans la période « pathologique » hivernale), conduise l’équipe pédagogique de l’élémentaire, n’ayant d’autre solution, à répartir ses élèves « orphelins » dans les autres classes, doublant l’effectif de la classe spécialisé pour enfants handicapés ?

Bref, 3 exemples du terrain (=pas dans une tour d’ivoire jacobine) qui montrent à quel point les élèves en situation de handicap (et les autres !) sont bradés et utilisés à des seules fins électoralistes. Ils naissent en tant que statistiques pour s’éteindre dès qu’ils ont été compostés.

Néanmoins, leur contribution au redressement du pays est indéniable : ils resteront sur le bord de la route mais leur sacrifice ne sera pas vain puisque grâce à toi, handicap s’écrira bientôt hAAAndicap.

Révise tes classiques : Babar est peut-être le roi des éléphants mais « l’histoire qu’on raconte aux enfants pour les endormir le soir » (sic), c’est Nounours. Et dans Nounours, il y a un « double 0 ».

Jasmine

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