Quand Monsieur Luc nous prend pour des jambons !

Notre ministre de l’éducation vient d’annoncer au salon de l’éducation la revalorisation des jeunes enseignants, posant ainsi une nouvelle brique de son (leur) « pacte de carrière ».

Au-delà de la soupe de chiffres qui rend une nouvelle fois totalement indigeste et illisible cette mesure pour un citoyen de base, puisque :

  • le portail du gouvernement communique sur 190 000 enseignants pour une enveloppe globale de 196 millions d’euros,
  • alors que des sources journalistiques (Libération, 20 minutes, Le Monde, JT) font au contraire état de 107 000 jeunes cerfifiés et professeurs des écoles du public qui se partageraient un gâteau de 75 millions d’euros,
  • mais le ministère indique dans le même temps que «l’ensemble des mesures catégorielles pour 2012 va coûter 176 millions d’euros (comprenant indemnités des directeurs d’écoles, mesures de revalorisation des médecins et personnels infirmiers scolaires etc)»,
  • et enfin, on ne comprend pas quels sont les échelons réellement impactés, à quelle hauteur, pendant combien de temps les mesures seront appliquées etc,

il est patent que notre cher Monsieur Luc est en plein exercice de communication, avec dans les rôles principaux les fameux éléments de langages («+18% en cinq ans», «barre symbolique des 2000 euros», «valoriser leur engagement [des enseignants]», «signal extrêmement fort du gouvernement») concoctés par nos lumineux technocrates. Au final, personne ne comprend rien au calcul (et c’est le but recherché), et on ne sait pas qui, quoi, comment et quand, mais on sait pourquoi :

  1. 1/  Parce qu’il s’agit évidemment d’occuper le terrain politico-médiatique, afin de contrer les propositions du PS. Même une huitre atteinte de troubles cognitifs serait en capacité de comprendre ça. [MODE MR LUC] faut-il moins d’enseignants mieux payés et obéissants ou 60 000 boulets de plus qu’on paierait à coups de bâton de craie ? [/MODE MR LUC].
  1. 2/  Parce qu’il s’agit de créer un schisme entre les nouveaux et les anciens enseignants afin de faire voler en éclat ce corporatisme séculaire qui s’oppose par nature à toute réforme. Rien de mieux dans ce cas que de n’accorder ce « privilège » qu’à une seule frange de la population enseignante. Demander à quelqu’un de choisir entre son intérêt individuel et l’intérêt collectif, c’est une recette gagnante vieille comme le monde. Monsieur Luc, crois-tu que Nicolas laisserait sa place à Alain, pourtant mieux placé pour faire gagner ta majorité en 2012 ???
  1. 3/  Parce qu’il y a urgence à tuer les syndicats enseignants, dont la crédibilité est pourtant déjà bien mise à mal dans l’opinion publique par la répétition des grèves que le gouvernement s’évertue à chaque fois à minimiser, à détourner, à réinterpréter.
  1. 4/ Parce qu’il faudra bien réussir à enrayer la crise de vocation et du recrutement des enseignants, créée de toute pièce par ce gouvernement : D’après Le Monde, «A la session 2011 des concours, 20% des postes aux capes, le certificat d’aptitude à l’enseignement secondaire, sont restés vacants, faute de candidats au niveau. En mathématiques ce taux est monté à 40% et à 58% en lettres classiques». Supprimer des postes d’enseignants en ne remplaçant pas un départ à la retraite sur 2 pour ensuite s’apercevoir que le numerus clausus ne peut même plus être atteint, ça confine assurément au génie … va falloir sortir la boîte à promotions dans ton cabinet, Monsieur Luc !
  1. 5/ Parce qu’en cette période de crise, quoi de mieux pour gagner une (ré)élection que de stigmatiser ces « nantis de fonctionnaires » en leur accordant un énième « privilège » alors que la France électorale qui se lève tôt, celle «des ouvriers, des salariés et des cadres, qui sont lancés dans la compétition internationale», ne peut plus se vouer qu’à Saint-Nicolas. Cette revalorisation n’est pas un cadeau qui vient de leur être fait, c’est un venin à retardement qui leur a été injecté. La dichotomie privé/public est l’une des marques de fabrique de ce gouvernement, pourtant censé, à l’entendre, rassembler ses concitoyens; et la preuve qu’un chef de l’état ne devient pas systématiquement un homme d’état…
  1. 6/ Parce qu’au delà de cette stigmatisation globale des fonctionnaires, rendre plus spécifiquement les professeurs impopulaires est aussi une façon d’accentuer l’emprise que l’administration a sur eux : aujourd’hui, les seules personnes susceptibles d’entrer en résistance contre la mise à mort de l’école sont les parents d’élèves, parce qu’ils possèdent un bulletin de vote; encore faut-il qu’ils soient convaincus qu’ils le font pour l’avenir de leurs progénitures et pas pour entretenir la « caste des professeurs ».
  1. 7/ Parce que le modèle éducatif donc rêve Monsieur Luc est une école décomplexée, ultra-libérale, dans la droite ligne des « Charter Schools » made in USA. Il bâtit donc patiemment son édifice; le recrutement et l’évaluation des enseignants par les chefs d’établissement, la rémunération au mérite, la suppression de la carte scolaire qui permet de choisir les meilleures écoles… autant de pas effectués patiemment en direction de l’échafaud du service public.

Ah, Monsieur Luc,
tu éreintes la règle de trois et lui préfères à l’évidence la division;
mais ces circonvolutions,
qui riment avec jambon (ce pour quoi tu nous prends),
n’entament en rien ta belle obstination,
ni notre circonspection …
(c’est facile les rimes en « on/ion »).

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