Le ministre de l’Éducation doit-il conserver ses allocations ?

Cher Monsieur Luc,

En allumant la télé ce matin (je sais, c’est pas bien, j’avais école), bien calée devant mon bol de Benco et mes tartines grillées, quelle ne fut pas ma surprise de te voir interviewé par Christophe BARBIER sur I-Télé, défendant becs et ongles le bilan présidentiel de celui qui t’a fait roi et te gargarisant de tes propres mesures relatives à la suppression des allocations familiales pour les élèves absentéistes, dans le cadre de la loi Ciotti.

David Copperfield, sors de cet homme !

Ainsi, et c’est une information que l’on retrouve sur le site de RTL, « … Entre janvier et juin 2011, le ministère a compté 32.309 « premiers signalements » (parents convoqués après quatre demi-journées d’absence de leur enfant le mois précédent), 13.574 « deuxièmes signalements » (parents reconvoqués). 240 demandes de suspension d’allocations familiales ont été faites, et 165 ont été effectives. »

Et tu en conclus prestement que « autrement dit, 98.2% (le solde de 240 sur 13 574, tu penses bien que j’ai recompté, vu tes prouesses sur la règle de 3 !) des élèves sont devenus plus assidus grâce à cette loi » (RTL) ou encore que « On a résolu 99.5% (le solde de 165 sur 32 309) des cas uniquement en convoquant les parents » et qu’en conséquence, « CA MARCHE ! »(I-Télé).

Prenons donc le problème par l’autre bout de la lorgnette : se pourrait-il au contraire, simple hypothèse, que sur les 13 574 deuxièmes signalements, seules 240 demandes de suspension (dont 165 concrétisées par la suite) aient étés instruites tout bonnement parce que les autres dossiers n’ont pas été traités par manque de temps ou de moyens … ?

Ou alors que ces procédures très normées, puisqu’on peut lire sur le portail education.gouv.fr « Lorsqu’au cours d’une même année scolaire, une nouvelle absence de l’élève d’au moins quatre demi-journées sans motif légitime ni excuses valables sur un mois est constatée, l’inspecteur d’académie demande aux personnes responsables de l’enfant mineur de présenter leurs observations. La suspension ou la suppression de prestations familiales n’a pas lieu si la personne concernée n’a pas été mise à même de présenter des observations écrites et, le cas échéant, sur sa demande, des observations orales. », ne soient tout simplement pas allées jusqu’au bout du processus parce que les parents contrevenants auraient sciemment lait les morts au seul dessein de ne justement pas se faire pénaliser ??

Connaissant ton appétence pour les statistiques (orientées ?), la question mérite certainement d’être posée et tu avoueras que les conclusions sur le côté dissuasif de cette mesure seraient dès lors bien différentes de l’Eden présenté : traiter en tout et pour tout 240 dossiers sur 13 574, ce n’est pas tout à fait la même chose qu’en finaliser 13 574 pour en déclarer 165 « positifs » après examen…

Mais point de procès en sorcellerie, ce n’est pas le but de ma modeste intervention : tu vois cependant comme il est facile de faire dire ce qu’on veut aux chiffres dès lors qu’on en est dépositaire.

7424 jours non-remplacés depuis la rentrée de septembre 2011 !

Ceci étant, ta volée de chiffres de ce matin m’a donné l’idée de les comparer à d’autres autrement plus préoccupants puisqu’ils concernent les élèves qui, eux, sont assidus : les chiffres des non-remplacements de leurs enseignants dont on peut trouver une estimation par principe minorée (car signalés par les parents d’élèves) sur le site de la FCPE. Et là, stupeur, c’est le feu d’artifice : « Depuis la rentrée de septembre 2011 (sur l’ensemble du territoire), 14 848 demi-journées ont déjà été signalées par les parents d’élèves comme autant d’heures de cours perdues car non remplacées. »

14848 demi-journées, soit 7424 jours ou… 20 ans de cours non assurés en  un trimestre sur le territoire !!! S’agirait-il d’une erreur, d’une manipulation grossière ? Je n’ose croire à de pareils chiffres. Vite, un démenti, un droit de réponse, ne laisse pas colporter de telles inepties ! C’est pire que la dette souveraine de la France.

Et je précise que, de ton propre aveu, le pourcentage d’absence des enseignants n’est pas supérieur à celui des autres corporations. Il ne s’agit donc pas d’une anomalie, d’un « cancer » où des feignasses de profs passeraient leur temps à s’en donner du bon, mais bien d’un problème d’organisation et surtout de moyens.

14848 alors qu’on n’est pas encore entré de plain-pied dans la période pathologique hivernale pendant laquelle grippes saisonnières, gastroentérites et autres réjouissances vont déferler sur nos enseignants aux abois telles des mouches sur un pot de confiture. Je te laisse imaginer, cher Monsieur Luc, l’ampleur de ce que sera ce chiffre à la fin de l’année scolaire, probablement le quadruple ou le quintuple de celui actuel.

Le Guiness Book est à portée de main, ce n’est plus un graal !

Mais quelle misère ! Tout cela à cause d’une politique budgétaire irresponsable où les coupes à répétition dans une Éducation Nationale déjà exsangue sont autant de breloques accrochées aux murs du ministère de la rigueur, pour autant de trophées décernés par les pieds nickelés Moody’s, Standard & Poors et Fitch.

Cette rupture de continuité du service public est pourtant le véritable scandale de cette politique, d’autant plus, qu’inscrite dans la loi, elle expose son responsable, l’État, à des recours en responsabilité devant les juridictions administratives.

Comble de l’absurde, même le ministère le dit sur son site, (« la continuité du service public impose que tout enseignant absent soit remplacé. »), mais pour autant, continue de se saborder.

Le gouvernement, par ta voix jeune Luc, est donc hors-la-loi et l’assume, pris en flagrant délit d’absences répétées non justifiées ! La différence tient juste au fait qu’on ne te suspendra pas tes allocations ou tes indemnités ministérielles.

Et comble de la chienlit, même les congés de maternité, par nature absences de longue durée et prévisibles sont impactés ! Ainsi, l’année dernière, une classe de CE1 du Morbihan a eu la chance inouïe de connaître 5 enseignants différents, avec pour point de départ un congé de maternité pourtant parfaitement borné.

[mode humour noir] Faudra t-il, pour contenter les pieds nickelés, déposer un projet de loi visant à stériliser les professeurs ? Ou un grand référendum intitulé « Doit-on ligaturer les trompes des enseignantes » ? [/mode humour noir]

Le gouvernement auquel tu appartiens estime pourtant qu’il y a décidément trop de remplaçants (comprendre remplaçants titulaires qu’il faut payer à plein temps) puisqu’il prévoit la suppression supplémentaire de 1077 postes à la rentrée 2012.

Alors, Monsieur Luc, tu nous parles d’engager des contractuels, des vacataires, jeunes retraités ou étudiants en devenir, qui joueraient le rôle de tampon. Sans remettre en cause leurs compétences, c’est oublier un peu vite, d’une part que ce métier ne peut faire l’économie d’une formation adaptée et conséquente (voir le modèle Finlandais qui caracole en tête des classements mondiaux PISA) et d’autre part que c’est un métier usant. Et c’est surtout accorder bien peu de crédit aux professeurs que d’imaginer que ce métier est à la portée de tous.

Je gage que bientôt, on va voir sortir de ton chapeau de magicien des organismes de formation comme Acadomia auxquels on confiera la régie des trous de ce gruyère.

Ou alors Babar, roi des éléphants :  le pachyderme, dont tu sembles si intime, ne pourrait-il pas nous dispenser quelques piges d’enseignement ? Note – Monsieur Luc, parmi tes résolutions 2012 : arrêter l’humour, qui n’est à l’évidence pas quelque chose que tu as dans ton génome, pour te concentrer sur ton travail…

Mais j’ai surtout envie de te demander : Que devenons-nous, nous les enfants, dans ce bourbier ??

Ah là là, que de chiffres, que de chiffres; et que de soucis surtout, je suis flapie moi !

A bientôt Monsieur Luc.

Jasmine

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