Grève aéroportuaire des agents de sûreté : des passagers otages… du chef de l’état

Nicolas Sarkozy, en mal de popularité, a décidé de prendre à bras le corps la grève aéroportuaire des agents de sécurité, faisant preuve comme à l’accoutumé d’un activisme effréné mais dont l’efficience véritable reste marginale.

 Efficacité zéro

Ce volontarisme s’est traduit au cours de la semaine écoulée par un nombre incalculable de déclarations des différents ministres concernés, une réunion de crise extraordinaire lundi soir (tellement importante que le ministre délégué aux Transports Thierry Mariani en était absent…) et enfin, ce jeudi matin, par le déploiement à Roissy de 180 policiers et 80 gendarmes appelés en remplacement des agents de sûreté grévistes aux points de contrôle.

On était alors en droit de se dire, en tant que citoyen attentif et reconnaissant, que cette démonstration de force du chef de l’état avait un sens, une légitimité, un objectif et « qu’on allait voir ce qu’on allait voir ».

Effectivement, on a vu. On a vu une mesure totalement inutile et inefficace.

Et comment aurait-il pu en être autrement d’ailleurs puisque les perturbations occasionnées étaient dès le départ quasi-nulles : il faut en effet rappeler que les passagers « pris en otage » à Roissy, Lyon ou Nice, dont aucun n’a été empêché de rejoindre sa destination depuis le début de la grève (tous les avions décollant), subissaient avant l’intervention des fonctionnaires de police, entre 30 minutes et une heure de retard, et qu’aujourd’hui, ces délais ne se sont ni rallongés, ni raccourcis. CQFD.

 Des ministres en représentation

Mais le passager otage n’a pas pour autant perdu sa journée puisqu’il a eu le privilège de voir apparaître devant ses yeux embués une farandole de ministres et de sous-ministres venus parader en grandes pompes : les ministres de l’Intérieur, Claude Guéant, et des Transports, Nathalie Kosciusko-Morizet, ainsi que le ministre mauvais élève absentéiste délégué aux Transports Thierry Mariani se sont rendus sur place peu après midi (LCI).

Et oui, cher passager otage, le gouvernement prend grand soin de toi et de ton bulletin de vote, se parant pour l’occasion de ses plus beaux atours pour te montrer qu’il ne te laisse pas dans la galère.

3 ministres pour ce non-évènement, au secours ! Chapeau bas mesdames et messieurs du gouvernement, c’était juste grotesque.

 Que faisait le gouvernement en avril 2010

Mais ça m’a rappelé l’épisode du volcan islandais Eyjafjöll d’avril 2010 ou plutôt non justement, ça ne m’a rien rappelé du tout. Et c’est bien ça le problème.

Il y a un an et demi, ce volcan islandais de sinistre mémoire cloua au sol pendant plusieurs semaines un nombre considérable de passagers qui, pour le coup, furent véritablement pris en otage par cet évènement naturel, déclaré à juste titre cas de force majeure.

Je me rappelle alors très bien du débat qui agita agences de voyages, transporteurs, associations de consommateurs et passagers : fallait-il rembourser les voyages aux clients ou pas ?

S’agissant des vols secs, la réglementation en vigueur était limpide, les transporteurs devaient rembourser.

Mais pour les prestations de type séjour comprenant le transport et l’hébergement, la loi ne semblait, à première vue, pas si catégorique. On vit alors s’installer une bataille juridique et médiatique entre d’un côté le SNAV (Syndicat National des Agences de Voyage) qui, par la voix de son président Georges Colson, clama haut et fort que les agences de voyages n’avaient pas, compte tenu du caractère « imprévisible, insurmontable et extérieur » de l’évènement (définition de la force majeure), à rembourser le moindre centime, et de l’autre, les organismes de défense des consommateurs qui arguaient, à raison, du contraire.

Sans rentrer dans les détails, il était alors incontestable que l’article 1148 du Code Civil (« Il n’y a lieu à aucun dommages et intérêts lorsque, par suite d’une force majeure ou d’un cas fortuit, le débiteur a été empêché de donner ou de faire ce à quoi il était obligé, ou a fait ce qui lui était interdit.« ) brandi à l’époque par le SNAV n’exonérait en rien les agents de voyages du remboursement des prestations non réalisées. En effet, si le cas de force majeure libérait le vendeur de poursuites en responsabilité civile ou demandes d’indemnisation de préjudices complémentaires, il ne le dispensait en rien du remboursement de la prestation (commerciale) non honorée. En droit, une indemnisation n’est en rien synonyme de remboursement mais le SNAV joua justement sur cette confusion.

Bref, la loi était limpide sur ce point et en faveur des clients, des « otages » comme dit le gouvernement. Le geste commercial de report que proposaient à l’époque toutes les agences n’était donc ni plus ni moins qu’une créance dont elles souhaitaient s’acquitter le moins douloureusement possible. Pourtant, à les écouter, le client ingrat devait déjà s’estimer heureux de cette aumône !

 Le président du pouvoir d’achat sensible au lobbying

On peut être d’accord ou pas (pour des raisons économiques que chacun peut appréhender)… mais reste que c’était la loi, point barre.

Pourtant, tout ce que fit le gouvernement à l’époque, c’est de nommer un médiateur. A aucun moment, il ne fit pression sur les acteurs du secteur du tourisme, jamais il ne leur demanda de rembourser les familles qui avaient, pour certaines, économisé longuement pour pouvoir partir en vacances.

Le président du pouvoir d’achat se coucha donc devant le lobby des agences de voyages et la communication fallacieuse des amis de Monsieur Colson fit le reste : tout le monde fût persuadé que les agences de voyages n’étaient pas tenues de rembourser et l’incendie s’éteignit de lui-même, sauf pour certains irréductibles (bravo à eux). Circulez, y’a rien à voir.

Bilan : pour 30 minutes de retard à des points de contrôle, on déploie plus de 250 fonctionnaires de police et de gendarmerie, et on mandate 3 ministres; à l’inverse, pour des milliers de clients spoliés, on nomme un médiateur et on offre une tribune médiatique à un menteur. Grandiose !

Alors, cher passager otage, ne sois pas naïf, cet activisme du chef de l’état ne poursuit que 2 objectifs : faire croire à tous les Français que ton sort le préoccupe et poser la première pierre d’un service minimum dans les transports aériens comme il l’a fait dans les transports ferroviaires, le tout à des fins purement électoralistes.

En un mot, cher vacancier, tu es bel et bien otage mais pas de qui tu crois.

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Un commentaire sur “Grève aéroportuaire des agents de sûreté : des passagers otages… du chef de l’état

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