Nicolas Sarkozy et les salariés français : le grand malentendu

Le gouvernement et le chef de l’état sont englués, englués dans leur rapport avec les salariés (ouvriers, employés, cadres etc) qu’ils entendent pourtant séduire et rallier à leur cause à l’aube de l’élection présidentielle.

Plusieurs évènements récents nous éclairent sur les symptômes de cette rupture, et montrent au final que les salariés ne constituent qu’une cible électorale, des parts de marché pour paraphraser la laborieuse Valérie Rosso-Debord.

Le premier évènement concerne le traitement de la grève des salariés des entreprises de sûreté aérienne, au cours de laquelle le chef de l’état a volontairement foulé aux pieds le dialogue social et montré ses muscles, déployant les forces de l’ordre en remplacement des grévistes et illustrant parfaitement ce que devient la droite dure dès lors qu’elle est sujette à la psychose de la désobéissance.

Le message était clair : citoyens vacanciers, soyez tranquilles, le président veille sur vous et ne laissera pas une poignée d’insurgés endoctrinés par les syndicats mettre en péril votre libre circulation, quand bien même celle-ci ne souffrirait pas d’entraves graves mais uniquement de retards.

Voir à cet égard l’excellent article de Serge Raffy, « Sarkozy et les conflits sociaux : provoquer pour mieux régner« .

Les salariés preneurs d’otages, de nouveaux Human Bombs ?

Les salariés grévistes seraient donc, selon le chef de l’état, des preneurs d’otages. Rien que ça. Il est absolument stupéfiant de voir à quel point Nicolas Sarkozy a galvaudé ce terme, et il est pathétique d’avoir entendu ses ministres (Fillon, NKM, Guéant, Mariani) en user et en abuser, à sa demande, dans leur communication.

C’est l’élément de langage par excellence. Sauf que notre président a la mémoire courte, et que ses conseillers en image se sont pour l’occasion montrés à tout le moins peu inspirés.

En effet, après la prise d’otages de la maternelle de Neuilly en 1993 (Human Bomb) dans laquelle Nicolas Sarkozy, maire de Neuilly, joua un rôle effectif et/ou savamment scénarisé, et au cours de laquelle le preneur d’otages fut abattu, qui mieux que lui dans la classe politique est capable de comprendre ce qu’implique ce type d’évènement ?

Comment comprendre dans ces conditions qu’il compare des salariés grévistes à des terroristes ou à des forcenés ? Ou l’illustration parfaite des limites de la rhétorique sarkozyste, rattrapée par la sémantique et victime du poids des mots.

Les salariés responsables de la rupture de continuité du service public

Le gouvernement a également estimé ne pas avoir à intervenir dans le conflit social entre les employeurs (les différentes sociétés sous-traitantes gérant la sûreté aérienne) et leurs salariés. Rappelons néanmoins que la sûreté aérienne est une mission de service public, et que sa continuité doit à ce titre être assurée, le chef de l’état ne s’étant d’ailleurs pas privé de cet argument pour justifier l’envoi de policiers et gendarmes en remplacement des salariés grévistes.

Je forme le voeu que le chef de l’état fasse preuve d’autant de zèle pour assurer la continuité des services publics dans l’Education Nationale dès lors que des enseignants absents ne sont pas remplacés et que, par manque d’autres solutions, les élèves sont répartis (gardés et en aucun cas instruits) dans des classes déjà surchargées.

Pourtant, et suivant en cela la logique sarkozyste, ce sont bel et bien les élèves qui sont pris « en otage » dans ce cas. Mais bizarrement, les ministres concernés sont soudain moins présents devant les caméras, moins audibles et moins enclins à venir expliquer cette incapacité à remplir leur mission.

Les salariés doivent travailler moins pour gagner moins

Le second évènement est relatif à l’annonce d’un Xavier Bertrand aux abois devant l’irrésistible et inquiétante montée du chômage. Ainsi, il faudrait maintenant recourir à l’activité partielle dans les entreprises pour éviter les licenciements secs.

Ce président du pouvoir d’achat et des heures supplémentaires, qui s’en va fanfaronner à Gandrange, entend aller chercher la croissance avec les dents et a fait du « Travailler plus pour gagner plus » son principal marqueur, en est donc réduit à demander à son fidèle laquais, le ministre du Travail, de monter au front pour expliquer aux salariés que la crise est passée par là et qu’elle anéantit de fait toutes les promesses de campagne.

Si cette crise mondiale est patente, et s’il est indiscutable qu’elle ne peut objectivement être imputée au seul chef de l’État français, les commentateurs politiques s’accordent également à dire que le président en exercice fut le premier, lors du discours de Toulon en 2008, à pronostiquer ce qui était en train de se passer.

Nicolas Sarkozy lui-même se gargarise de ses talents de visionnaire d’alors, et s’estime le seul en capacité de nous protéger encore maintenant contre les effets dévastateurs de cette catastrophe économique, avec en filigrane l’incompétence suggérée de « l’imposteur François Hollande ».

Dès lors se pose une question : s’il avait à ce point compris ce qui se passait, pourquoi n’a-t-il rien fait pour endiguer cette lente descente aux enfers ? Pourquoi ne pas avoir pris dès cette époque les mesures qui s’imposaient ?

Par exemple, pourquoi avoir maintenu le bouclier fiscal pendant si longtemps (il a été abrogé très récemment) et s’être ainsi privé de recettes par centaines de millions ? Pourquoi avoir conservé la défiscalisation des heures supplémentaires alors que les économistes ne jugeaient la mesure pertinente qu’en période de forte croissance ? Pourquoi s’être focalisé sur la réduction des recettes (sécurité sociale, retraites etc) au lieu de chercher à doper la croissance par l’innovation et la recherche ?

Pourquoi le président Sarkozy s’est-il au final arc-bouté sur les doctrines idéologiques du candidat Sarkozy s’il avait réellement compris ce qui était en train de se passer ?

Il ne peut pas, dans un même élan, dire qu’il avait tout compris avant tout le monde en 2008 pour dire au final en 2011 qu’il n’est responsable de rien car cette crise est planétaire.

Quoi qu’il en soit, ce sont aujourd’hui les salariés qui sont victimes de cet entêtement ou de ce manque de lucidité avec pour certains le plongeon dans la réalité du « Ne plus travailler pour ne plus rien gagner ».

SeaFrance : les salariés en tant qu’argument électoral

Cerise sur le « bateau », l’annonce de ce début de semaine concernant l’intervention de l’état dans le projet de reprise de l’entreprise SeaFrance sous la forme d’une coopérative de salariés (SCOP), via le versement par la SNCF d’indemnités supra-légales de licenciement, visant à en augmenter le capital de départ.

Encore jugée fanatique (sic) il y a peu par le ministre délégué aux Transports Thierry Mariani, la solution semble soudain devenue une panacée, le Graal du Nord !

Ou Thierry Mariani n’a pas de ligne directe avec l’Elysée, ou il n’y entend pas grand chose en matière de politique politicienne. Aurait-il oublié que nous somme à moins de 5 mois d’une échéance capitale pour son employeur ?

Sa ministre de tutelle Nathalie Kosciusko-Morizet, invitée au journal télévisé de France 3 ce lundi soir, est venue en tout cas nous assurer qu’il n’y avait aucune arrière pensée politicienne là-dessous, et que l’État jouait pleinement son rôle en intervenant dans ce dossier. Evidemment, comment pourrions-nous en douter ?

Bizarrement, ce même état nous a expliqué exactement le contraire lors de la grève des aéroports : il n’avait pas à intervenir dans un conflit entre un employeur privé et ses salariés, fusse cet employeur sous-traitant d’une entité en charge d’une mission de service public.

Le salarié français est aujourd’hui sur un ring, renvoyé dans les cordes par une conjoncture économique qui le brise autant que par un gouvernement qui le méprise.

Vivement mai 2012 et le jet de l’éponge.

A lire aussi :
– Chômage partiel : une solution efficace face à la crise sociale ? par Amélie Bruder, contributrice du PLUS.
– Travailleurs, travailleuses, on vous spolie, mais soyez flexibles !, par Dom B. chroniqueuse du PLUS.

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