Campagne 2012 : Les limites de la communication sarkozyste

L’interview de Nadine Morano, ministre chargée de l’apprentissage et de la formation professionnelle, dans la matinale de Jean-Jacques Bourdin sur BFM-TV jeudi 5 janvier, a permis d’illustrer par un cas d’école la communication du chef de l’état.

Car la ministre, fidèle à la grande tradition de la communication gouvernementale institutionnalisée, avait construit son intervention en 3 points.

 Chapitre 1 – discréditer et diffamer l’opposition

Tout a été dit sur le non-évènement relatif à l’insulte (« sale mec ») qu’aurait proférée François Hollande à l’endroit de Nicolas Sarkozy lors d’un déjeuner avec quelques journalistes, le journal Le Parisien s’en faisant d’abord l’écho pour, quelques heures après, en démentir le bien-fondé. Et tout le monde sait que l’affaire a été sciemment montée en épingle.

Quand bien même ! Sur le plateau, la ministre porte-flingue maintient son accusation, dresse le parallèle avec Jospin-Chirac en 2002, hurle au crime de lèse-sa-majesté-le-président et justifie a posteriori cette polémique délibérée, drapée dans l’honneur de son parti.

Elle maîtrise parfaitement cette partition, c’est d’ailleurs ce qui la définit. Sous les spots, rien de nouveau de ce côté.

 Chapitre 2 – montrer que le gouvernement travaille

Il s’agit de faire la promotion du bilan du 1er quinquennat de Nicolas Sarkozy pour démontrer sa légitimité à briguer un second mandat.

En l’occurrence, la ministre choisit de parler du sommet social du 18 janvier prochain et d’une des composantes de sa propre mission, la formation en alternance.

A chaque fois, c’est la même méthode : des chiffres, des chiffres et des chiffres. C’est le label copyrighté Chatel : des statistiques invérifiables, le plus souvent orientées, incomplètes ou anachroniques, dont il est impossible d’appréhender la perspective, mais qui marquent les esprits car faciles à retenir.

Une leçon de « communication pour les nuls » à destination du café du commerce.

 Chapitre 3 – montrer que le gouvernement réforme

L’idée, expliquer et défendre l’un des projets gouvernementaux phares du moment, la TVA sociale.

Grâce à l’épisode savoureux où la ministre se fait éparpiller façon puzzle par un Jean-Jacques Bourdin incisif et sans concession (ce qui en fait son marqueur !) à propos du projet de TVA sociale que le gouvernement souhaite mettre en place pour baisser le coût du travail, l’interview a révélé, à mon sens, les limites de la méthode de communication du chef de l’état.

Alors que Nadine Morano est en train d’étayer son raisonnement par un exemple établissant le parallèle entre l’Allemagne et la France, JJ. Bourdin lui demande quel est le taux de la TVA en Allemagne.

« La TVA en Allemagne est plus élevée que la nôtre, elle est de trois points supérieure à la nôtre », répond-elle, quelque peu hésitante.

Faux, répond JJ. Bourdin, « Elle est de 19 points en Allemagne, la nôtre est à 19,6, vous dites des bêtises Nadine Morano. Vous ne maîtrisez pas le sujet »

La remarque est cinglante et anéantit de fait le raisonnement de la ministre, même si elle tente de se rattraper aux branches en indiquant que ce qu’elle voulait dire, c’est que l’Allemagne avait récemment relevé son taux de 3 points etc…

Trop tard, la mal est fait, le naufrage consommé. On est en face d’une ministre qui se noie car ne maîtrisant pas le fond des choses, demeurant superficielle et simpliste, alors même qu’elle prétend évangéliser et convaincre.

Le reste de l’explication est du même acabit : bancal, confus, broussailleux.

Ça n’a rien à voir avec les « pièges » que JJ. Bourdin a pu tendre à Luc Chatel ou Frédéric Lefebvre, c’est tout autre chose. Ce n’est pas une facétie et ce n’est surtout pas anecdotique.

Ici, la sémantique prend le dessus sur la rhétorique. Le dessous des cartes apparait.

Conclusion – La droite est en train de se disqualifier d’elle-même

Lorsque la droite, qui passe son temps à dire que la gauche est irresponsable, notamment du point de vue économique, moque son côté dispendieux (cf les 255 milliards du « Grand malentendu de JF. Copé), et martèle qu’elle ne peut de fait pas gérer le pays, elle ne peut en retour se permettre ce genre d’erreur.

Intenter un procès en incompétence à la gauche mais se voir ensuite ridiculiser par un journaliste, fusse-t-il du calibre de JJ. Bourdin, disqualifie sine die la majorité car ça signifie qu’elle ne maîtrise pas davantage les rouages complexes de l’économie et encore moins les affres de la crise. Comme tout le monde, elle la subit, lui court après.

Il devient dès lors beaucoup plus compliqué de sacraliser Nicolas Sarkozy le père protecteur, celui sans qui la situation serait bien plus dramatique, notre « sauveur ».

Le président aurait pu mandater quelqu’un de plus avisé pour défendre ce projet (Baroin, Pécresse, Juppé etc). A partir de maintenant, c’est peut-être d’ailleurs ce qu’il va faire…

Le problème, c’est qu’il est tellement obsédé par sa volonté de démolir le candidat Hollande qu’il préfère missionner ses « chiens de combat » plutôt que ses « singes savants ».

C’est brutal, c’est contre-productif et c’est méconnaître ce qu’attendent les Français qui en ont plus qu’assez de ces batailles de cour d’école.

Ça indique aussi que, contrairement à ce que dit son entourage et malgré la nouvelle tonalité qu’il entend insuffler à ses interventions publiques, le chef de l’état ne réussit toujours pas à habiter la fonction, à amidonner le costume. Il ne le fera jamais.

Et ça montre le niveau de la campagne qu’il nous prépare. Effectivement, pour reprendre l’analyse de Jean-François Probst sur le PLUS, un Nicolas Sarkozy en perdition et ne sachant plus par quel bout prendre la campagne est en train de la porter à un niveau d’élection locale.

On nous promettait une campagne d’idées, « projet contre projet » (dixit JF. Copé). On a le doit à une campagne de caniveau, vidée de son sens par la droite.

Et on imagine bien à qui ça peut profiter.

Publicités

Un commentaire sur “Campagne 2012 : Les limites de la communication sarkozyste

  1. Pingback: Traité de physique politique : Nadine Morano et le principe de Fermat « veni vidi blogui

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s