François Bayrou

Présidentielle : et si le ticket gagnant de l’UMP était François Bayrou ?

Quand on ne peut pas gagner, il faut savoir ne pas perdre. Cette maxime empruntée au jargon sportif et qui dédouane l’entraîneur d’expliquer les raisons d’une mauvaise prestation de son équipe est un peu ce qui arrive en ce moment à la majorité.

Alors que Standard & Poor’s vient de sanctionner le bilan du président Sarkozy à travers la dégradation de la note AAA de la France (même si Moody’s a dit le contraire), que la dette publique a explosé durant le quinquennat (600 milliards d’euros, aux alentours de 90% du PIB), que le chômage a vu sa courbe monter en flèche (1 million de chômeurs en plus sur la mandature) et que le pouvoir d’achat des Français s’érode jour après jour (par exemple le prix des carburants), les seules réponses apportées par le candidat Sarkozy sont l’agitation à tout va et le dénigrement systématique du projet socialiste.

L’agitation et le dénigrement des adversaires

L’agitation, théorisée par l’image de la cible mouvante, consiste à proposer des réformes purement électoralistes qu’il sait ne pas pouvoir mettre en oeuvre (et d’ailleurs il ne le souhaite pas) avant mai 2012 (taxe Tobin, TVA sociale) dans l’unique but de ne pas apparaître comme le candidat de l’immobilisme (jurisprudence Giscard en 1981) et d’imposer à marche forcée à la gauche les thèmes de la campagne. Pour continuer dans la métaphore sportive, l’idée pour Nicolas Sarkozy est de jouer à domicile.

Le dénigrement, institutionnalisé par l’intermédiaire des porte-flingues de la cellule riposte de l’UMP, n’existe quant-à-lui que pour discréditer toutes les propositions PS, notamment celles relatives aux aspects économiques (marteler que la gauche est irresponsable et conduira le bateau France sur les récifs du déficit public), et pour instaurer une sorte de télé-réalité de la politique ou petites phrases, dérapages réels ou fabriqués, et coups de gueule surjoués prennent le pas sur les propositions de fond. Et pendant ce temps-là, le bilan est aux abonnés absents, c’est bien le but recherché. Du pain, des jeux…

Sarkozy fragilisé par la conjoncture et son équipe

A voir les dernières interventions du président de la République, dont une pas plus tard que hier encore à Madrid, il est patent qu’on est en présence de quelqu’un d’extrêmement irritable, arrogant et ne supportant pas la contradiction.

Le président Sarkozy devient autiste, portant la surdité à son paroxysme.

J’ai la sensation de quelqu’un en bout de course, qui sent son destin lui filer entre les mains et pour qui ce qui était encore naturel il y a quelque temps se fait maintenant au forceps.

Il faut se rappeler qu’à l’automne 2010, sa majorité lui a imposé de conserver le populaire François Fillon à Matignon et l’a forcé à confier aux mousquetaires chiraquiens et aux gaullistes historiques (Juppé,  Baroin, Copé, Lemaire, Jacob, Pécresse etc) les postes les plus importants dans les ministères, à l’assemblée nationale ou à la tête de l’UMP.

Lors de ce remaniement et parfois même bien avant, plusieurs amis sarkozystes de la première heure (Estrosi, Hortefeux, Devedjan, Jégo, Karoutchi), ces kamikazes qui l’avaient aidé à prendre le parti par effraction, et par la suite les rênes du pouvoir, ont été sacrifiés, humiliés, remerciés.

Par voie de conséquence, le rapport de force entre le chef de l’état et sa majorité n’est plus le même qu’en début de mandat où le roi soleil et sa cour irradiaient le paysage politique.

La constitution même de son équipe actuelle le fragilise et ne le rend plus incontournable.

Il est probable qu’au vu de ce qui se dessine dans les sondages et du bilan calamiteux de son quinquennat, tout le monde a compris qu’il ne sera pas réélu. La vague sarkosyste de 2007 qui avait permis de donner au président une majorité parlementaire dans la foulée de l’élection présidentielle n’est pas prête de retoucher les côtes.

Dès lors, l’autorité glanée par Sarkozy en début de mandat et la toute-puissance que lui conférait son statut sont très certainement mises à mal. Il ne séduit ou ne terrorise plus grand monde dans son camp.

Dans ces conditions, pourquoi les membres de l’équipe en place iraient-ils au combat le couteau entre les dents comme ont pu le faire leurs prédécesseurs de 2007, ces têtes-brûlées affamées prêtes à n’importe quel sacrifice pour que leur mentor accède alors aux responsabilités ?

Les Copé, Fillon, Baroin, Bertrand, Chatel et consorts ont une carrière à assurer et trop à perdre pour pousser la loyauté jusqu’à aller sauver le soldat Sarkozy s’ils estiment que celui-ci est perdu, noyé dans son bilan et son style.

Il n’est donc pas exclu que Nicolas Sarkozy soit sacrifié et lâché en rase campagne (présidentielle).

A cause de son orgueil mais aussi de sa foi inébranlable en lui (et c’est d’ailleurs sa force), je ne le vois néanmoins pas se retirer de lui-même. Et d’ailleurs, qui d’autre mettre à sa place ?

Dès lors, le président sortant se retrouverait dans la même position que Ségolène Royal en 2007, candidat (auto-)investi mais pas ou mal soutenu par l’appareil.

Et avec donc quasiment aucune chance de gagner et de faire gagner son camp.

Pourquoi pas une planche de salut Bayrou-UMP ?

L’UMP est donc susceptible de tout perdre : présidence de la république, ministères et, les législatives se déroulant dans la foulée, strapontins à l’assemblée nationale. Sachant qu’ils viennent de perdre le sénat et qu’ils ne gouvernent par ailleurs quasiment aucune région, ils disparaîtraient des écrans radar au profit de l’ennemi juré socialiste.

C’est là que l’hypothèse Bayrou peut prendre tout son sens pour la droite mais pas comme on l’imagine habituellement.

On sait le Béarnais persuadé de son destin présidentiel. Il est par ailleurs l’un des seuls mastodontes à n’avoir jamais cédé aux sirènes ministérielles alors qu’il aurait constitué assurément une belle prise de guerre sarkosyste. Sévèrement torpillé aux législatives 2007, il revient sur le devant de la scène après une longue diète politique. Il s’est donc forgé une image d’homme politique intègre et insubmersible, un peu en marge du système, qui a eu sa traversée du désert et qui en sort plus fort et rasséréné.

Il a également fait partie à plusieurs reprises d’un gouvernement de droite, a eu le mérite de dénoncer avant tout le monde et bien avant la crise le problème des déficits publiques et est devenu au fil du temps moins sarko-incompatible dans son discours, donc plus rassembleur.

Pour toutes ces raisons, les Français lui prêtent assurément une stature d’homme d’état, en tout cas bien plus que le président en exercice. Or on sait que l’élection présidentielle se joue davantage (malheureusement !) sur la personnalité du candidat que sur les idées qu’il véhicule, et c’est d’autant plus vrai dans une ère où la communication (qui rime avec manipulation) politique est reine.

Les Français, velléitaires, sont également friands d’alternance mais ne prendront en revanche pas le risque de bloquer le pays par une cohabitation : théoriquement, il est donc acquis que le président élu aura une majorité à l’assemblée pour gouverner.

Seulement, François Bayrou n’a pas la puissance de feu nécessaire pour lever une majorité centriste au palais Bourbon, il doit donc miser sur une coalition, à gauche ou à droite.

L’hypothèse François Bayrou président de le République avec une assemblée parlementaire centre-droit n’est donc pas, de mon point de vue, hérétique. L’hypothèse miroir centre-gauche ne l’est d’ailleurs pas moins, et c’est bien pour cette raison que François Hollande lui fait tant d’appels du pied.

Si on accepte d’autre part que certains ténors de la majorité tels Copé, Fillon (Juppé, Baroin ?) pensent à 2017 et pas seulement en se rasant le matin, on accepte également l’idée qu’une alternance en 2012 sert leurs desseins car l’hypothèse inverse donnant 4 mandats de droite (dure) successifs, dont le prochain (2012-2017) promet d’être fortement impopulaire, serait assurément rédhibitoire pour 2017.

Le ticket Bayrou président avec une majorité qui demeurerait globalement à droite fournirait dès lors à l’UMP le double avantage de conserver le pouvoir tout en se rachetant une certaine virginité. Ce serait une sorte d’alternance indolore.

Car qui sait ce qui se passerait si la gauche arrivait aux responsabilités ? La droite a encore en mémoire le souvenir des années Mitterand où le PS confisqua le pouvoir présidentiel pendant 14 ans (il y eu néanmoins 2 fois 2 ans de cohabitation) et surtout le souvenir cuisant des années 1997-2002 quand suite à la dissolution, l’équipe de Lionel Jospin fut aux manettes avec un succès incontestable puisque ces années générèrent la croissance que l’on sait.

Le parti socialiste est donc à même, contrairement à ce qu’assène la droite, de gouverner le pays. Pour l’UMP, il est donc capital qu’elle n’accède pas au pouvoir car le drame serait qu’elle le conserve en 2017 !

Pour l’UMP, mieux vaut donc peut-être lancer un boot à François Bayrou qu’aller s’échouer seule en peine mer par des vents contraires.

Mais l’hypothèse de travail classique d’une coalition droite-centre Nicolas Sarkozy président et François Bayrou 1er ministre n’est peut-être pas la bonne…

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Un commentaire sur “Présidentielle : et si le ticket gagnant de l’UMP était François Bayrou ?

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