Sarkozy 2012 : le roi est mort, vive le roi… ou la mise en scène du pouvoir personnel

Étonnante coloration choisie par Nicolas Sarkozy pour sa campagne présidentielle. Sa déclaration de candidature au JT de TF1 et plus encore, son discours lors de son premier meeting à Annecy, ont en effet mis l’accent sur sa volonté de se présenter comme le candidat du peuple contre « les élites politiques, économiques, administratives ou syndicales qui confisquent le pouvoir ».

Comme preuve de sa bonne foi, il apporte dans la corbeille de la mariée des promesses de référendum à la pelle, outil ultime permettant ce legs. Est-il utile de rappeler que, sur ce point, il n’hésita néanmoins pas en 2007 à bafouer le référendum sur la constitution européenne de 2005, pour lequel le peuple français avait voté NON à 55%, en engageant une ratification parlementaire du traité de Lisbonne, et qu’il faillit tomber de l’armoire quand il apprit que le Premier ministre grec Georges Papandréou émettait l’idée de consulter son peuple par le même biais le 27 octobre 2011

Au-delà de l’évident calcul politique et du cynisme abondamment dénoncés par tous ses adversaires et nombre de commentateurs, la supercherie cache également une tentative de diversion.

Il s’agit en premier lieu de porter le débat sur les valeurs traditionnelles de la droite ultra-conservatrice (travail, famille, responsabilité, autorité) et non sur le bilan (explosion de la dette et du chômage, mise à sac de l’éducation, perte de pouvoir d’achat, injustice fiscale etc) très critiqué ou le style (Le Fouquet’s, le Yacht de Bolloré, le « casse-toi pov’con », l’EPAD etc) très majoritairement condamné, y compris à droite.

Il s’agit ensuite de prendre ses adversaires à contre-pied et à contre-temps, d’imposer les thèmes et le tempo, même s’il faut pour cela utiliser des ficelles grosses comme le poing.

Mais une nouvelle composante est en train d’émerger, c’est le côté « humilité à tous les étages« . Nicolas Sarkozy se présente alors dans la peau d’un Français ou d’un candidat comme les autres, qui brigue le suffrage de ses concitoyens. Il n’a de cesse de le répéter lors de ses déplacements, comme à Rungis mardi 21 février. Et ce fut encore le cas ce soir au JT de France 2, interviewé par David Pujadas. Nul doute que cette séquence «Si c’était à refaire, je ne reviendrais pas » au Fouquet’s» va faire les choux gras des commentateurs pendant plusieurs jours. D’ailleurs, c’est le but.

On ne peut s’empêcher de penser que cette question n’est pas apparue spontanément dans le tête de David Pujadas, qu’elle lui a été dictée par les communicants de l’Elysée… Il est probable que ce qui s’est passé ce soir est un évènement qui n’aura rien d’anodin dans la suite du déroulement de la campagne, notamment en termes de sondages de de perception du candidat Sarkozy par ses concitoyens.

A noter d’ailleurs que Nicolas Sarkozy ne formule aucun regret sur le fond mais au contraire sur le fait que « ça ait été vraiment le feuilleton« . Ce n’est donc pas tant l’acte, mais bien que tout le monde en parle et le réduise à ça, qu’il déplore in fine. Révélateur.

Cette transformation, cette mutation profonde mais artificielle, me font penser qu’en fait, on n’est pas sorti du culte de la personnalité. Les experts en communication du candidat Sarkozy sont juste en train de lui en bâtir une autre, davantage en adéquation avec la stratégie de campagne et les traits de caractère (je devrais dire les faiblesses) de son peuple.

Pourquoi ?

Parce que les Français préféraient le côté battant, besogneux et populo de Poulidor à la certitude et à l’assurance d’Anquetil. Ils ont adulé Zidane à cause de son talent certes, mais aussi (surtout ?) de son côté humble et réservé. L’Abbé Pierre a caracolé en tête du classement des personnalités préférées des Français pendant des années. Et on pourrait enfiler ces exemples comme des perles.

D’un autre côté, qui supporte la prétention du pédant Claude Allègre ou l’arrogance de Jean-François Copé, qui n’a jamais souhaité la défaite du caractériel Laurent Fignon lorsqu’il était coureur, combien de personnes ont eu envie d’étriper le narcissique Henri Leconte lorsqu’il déclara au public après une défaite en finale de Roland-Garros « Vous ne comprenez pas mon jeu« , combien de personnes ne veulent pas entendre parler de l’Olympique Lyonnais simplement à cause de la fatuité de son président JM Aulas etc ?

Il faut donc que le Sarkozy 2012 soit différent du Sarkozy 2007. Il doit organiser et moduler sa rhétorique en fonction du support médiatique : très offensif et belliqueux dans ses meetings, proche et attentif lorsqu’il se mêle au peuple, humble et repentant lorsque, à travers la télé, il s’adresse au plus grand nombre.

Quelque part, Nicolas Sarkozy emploie les méthodes de la télé-réalité, il se met en scène et écrit son histoire, une histoire qui doit parler à l’affect plus qu’à la raison.

Ce n’est qu’une question de packaging. Parce que pour le reste, chacun aura noté que vouloir diminuer le pouvoir des élites et des corps intermédiaires revient à renforcer le sien ! Surtout quand on promet des référendums qu’on bafoue par la suite. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une confiscation des clés du pouvoir en bafouant les principes de la démocratie représentative.

Au prétexte de rendre sa légitimité décisionnaire au peuple, il ne cherche qu’à proroger son pouvoir personnel. Un pouvoir concentré dans les mains d’un seul homme, des bains de foule avec le peuple convoqué et mis en scène pour participer au grand cirque médiatique, l’utilisation de ces mêmes médias (télévisuels) dès qu’il veut faire passer un message fort [question : qui était l’invité de Pujadas hier soir ? Le candidat ou le président ?] etc…

Pour le coup, ça ressemble à s’y méprendre à la monarchie élective qui valut à Laurent Joffrin de se faire rosser en public lorsqu’il eu l’outrecuidance d’accuser Nicolas Sarkozy d’exercer ce mode de gouvernance. Une fessée injustifiée d’ailleurs tant le président fit preuve à l’époque d’inculture en la matière. Et ce ton condescendant… Et ce couplet sur les gens en situation fragile… Et cette façon de retourner la salle pour humilier le journaliste et mettre en doute son intelligence et sa compétence. Comme le dit Jean-François Khan, « quand le roi dit qu’il faut rire, on rit !« .

WIKIPEDIA : Une monarchie élective est un type de monarchie constitutionnelle où le monarque accède au trône par une élection et non de façon héréditaire.

A l’évidence, le Sarkozy qui exerce le pouvoir n’est pas le même que celui qui cherche à le (re)conquérir. En revanche, l’image qu’il s’en fait n’a pas évolué d’un iota.

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5 commentaires sur “Sarkozy 2012 : le roi est mort, vive le roi… ou la mise en scène du pouvoir personnel

    • J’espère que vous avez raison, j’en suis persuadé moi aussi d’ailleurs !
      Put…, le temps et l’énergie qu’on perd a essayer de balayer ce qui doit l’être, le ménage du printemps que vous appelez de vos voeux justement !

  1. Pingback: Nicolas Sarkozy : Narcisse et le peuple de France | veni vidi blogui

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