Marine Le Pen : à l’école de Montretout, on n’enseigne ni le courage politique, ni la dignité

Jeudi 23 février 2012, fin du rêve présidentiel pour Marine Le Pen. En refusant le débat ce soir avec Jean-Luc Mélenchon dans l’émission Des Paroles des Actes sur France 2, la petite fille gâtée de Montretout a prouvé qu’elle n’avait à l’évidence pas le cuir assez dur pour endurer les joutes politiques sérieuses et qu’elle n’était pas à même de tenir la distance dans cette élection.

Bref rappel de ce qui a précédé (Voir cet article d’Alexis Corbière sur Le Plus du Nouvel Observateur). A l’origine, France 2 voulait organiser un débat Marine Le Pen vs Jean-Luc Mélenchon. Refus de Marine Le Pen, qu’elle justifie par 3 arguments :

  • Elle veut débattre avec un représentant du PS ou de l’UMP qui sont à l’entendre les seuls adversaires à sa mesure (ce sera finalement Henri Guaino).
  • Elle estime en creux et en se basant sur les sondages que Jean-Luc Mélenchon n’est pas digne de l’affronter («Ce débat n’a pas de sens parce que d’abord, vous n’êtes pas du tout au même niveau électoral que moi»), n’hésitant pas à professer qu’elle n’a pas à débattre avec la «voiture-balai du PS» ou à discuter avec un «leurre».
  • Elle reproche à Jean-Luc Mélenchon de l’insulter et de l’invectiver depuis plusieurs semaines. Ce qu’elle ne supporte pas en fait, c’est le principe même du combat politique.

Un pur carnaval médiatique comme ligne de défense

On a donc assisté pendant 20 minutes à un cirque médiatique dans lequel la candidate du Front National a snobé le candidat du Front de Gauche, refusant de s’adresser directement à lui (ne parlant qu’à David Pujadas), ne répondant à aucune de ses questions, ne le regardant jamais dans les yeux, faisant mine de classer ses notes à la limite du trouble obsessionnel compulsif, et adoptant une position et une posture d’adolescente attardée sur sa chaise. 

Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen – Version courte

Jean-Luc Mélenchon contre Marine Le Pen – Version intégrale

Attitude pathétique, méprisante, couarde mais surtout suicidaire.

Parfaitement incapable de soutenir la comparaison avec Jean-Luc Mélenchon, tant sur le fond des dossiers que sur la forme (Mélenchon est probablement le débatteur le plus redoutable de la place politique actuelle), Marine Le Pen savait qu’elle devait à tout prix « pourrir le match », d’autant qu’elle maîtrise parfaitement cette technique de contorsion rhétorique et sémantique.

Sa seule solution était de faire un coup d’éclat pour créer une diversion et les conditions de son échappatoire. Et il faut avouer que ce soir, elle a franchi le Rubicon du ridicule…

Mais toute cette fin de semaine, on ne parlera que de ça. De ce point de vue, Marine Le Pen a réussi son coup, elle a créé le buzz.

L’imposture de cette candidature révélée en direct

De ce point de vue seulement, parce que pour le reste, qu’a-t-elle prouvé ?

  1.  Qu’elle est incapable d’exister hors de cette posture victimaire qui constitue son principal marqueur sur le terrain de la communication. Comme à l’accoutumé, elle se dit victime du système médiatique; à l’entendre, «Une méthode lui a été réservée» !
  2. Qu’encore une fois, comme dans l’émission de Ruquier On n’est pas couché du 18 février dernier, elle a tenté d’imposer ses propres règles du jeu au lieu d’accepter les règles communes à tous. Elle s’estime donc d’une certaine façon en dehors ou au-dessus des lois.
  3. Que son programme est d’une telle incurie qu’elle refuse d’affronter un contradicteur sérieux et pugnace.
  4. Qu’elle écarte d’un revers de main méprisant la tribune démocratique qui lui est offerte alors que par ailleurs elle n’a de cesse de dénoncer ce système inique qui, à travers la nécessité d’obtenir 500 parrainages, hypothèque pour l’instant ses chances de pouvoir concourir bien qu’elle représente 15 à 20% des voix.
  5. Qu’elle est morte de peur à l’idée de se faire démolir médiatiquement et de voir ainsi révélées la vacuité et l’imposture de sa candidature.

Conclusion : Marine Le Pen vient de démontrer qu’elle n’était pas une démocrate.  Au-delà des idées nauséabondes qu’elle porte, peut-on imaginer que quelqu’un qui refuse le débat démocratique et tente d’imposer ses règles aux organes d’information gouverne un jour ce pays ?

Un héritage toujours aussi lourd à porter

Elle vient aussi de démontrer que la dédiabolisation scénarisée à l’extrême(-droite) n’était qu’une vue de l’esprit.

Et d’ailleurs, papa Jean-Marie est retombé dans la marmite samedi 18 février à Lille en citant, devant les militants du FN, un poème de l’écrivain collaborationniste Robert Brasillach (Brasillach était le rédacteur en chef de « Je suis partout« , un journal antisémite et pro-nazi publié pendant l’occupation). Papa a légué le parti mais en a conservé l’usufruit. A part ça, il parait que le Front National n’est plus l’extrême-droite ? Ah bon ??

Elle ne mérite donc pas pas ses 500 signatures, elle en a apporté la preuve ce soir. Et pourtant, sur le principe, je considère toujours que cette règle est stupide. Mais Marine Le Pen s’est disqualifiée : difficile de dénoncer un déni de démocratie quand par ailleurs on n’en respecte pas les règles les plus élémentaires.

La candidate hors-système vient de montrer celui qu’elle mettrait en place si elle arrivait aux responsabilités, ça glace le sang…

Oui, Marine Le Pen est une victime. Elle est une victime de son père qui a oublié de lui apprendre que la politique, ça n’est pas « Barbie à Montretout ».

Et elle vient d’afficher ses limites, elles sont immenses. Ses carences, abyssales. Son courage, mort-né, victime d’une IVG de confort.

Marine Le Pen, Montretout mais ne sert à rien… L’héritière vient de perdre le match par forfait. Après le naufrage de Sarkozy au JT de France 2 la veille, c’est une bonne semaine !

Dans la même collection : Mélenchon - Le Pen acte 2...
Publicités

13 commentaires sur “Marine Le Pen : à l’école de Montretout, on n’enseigne ni le courage politique, ni la dignité

  1. Excellente analyse !!! Bravo !

    Elle a du faire dans son froc la fifille à Jean-Marie.
    C’est pour ça qu’elle avait l’air si coincée hier soir

  2. Pingback: Marine Le Pen a-t-elle fait économie première langue ? | veni vidi blogui

    • Bonjour,
      Elle a gagné quoi ?
      Sinon, contre les vomissements que je vous occasionne, prenez du Vogalène, c’est très efficace, ça vous passera.
      Bonne journée

    • En attendant, moi ce que je constate, c’est que quelqu’un accepte de débattre pendant que l’autre ne l’accepte pas au fallacieux prétexte que lui soient préalablement formulées des excuses.
      MLP savait que JLM ne se serait pas exécuté, ce qui signifie qu’elle ne voulait pas l’affronter dans un contexte démocratique.
      Difficile après pour elle de venir s’insurger contre cette démocratie qui freine l’obtention de ses 500 parrainages.
      Vous avez vos arguments, j’ai les miens. Les électeurs, seuls souverains, trancheront de toute façon, RDV en avril-mai !
      Bonne journée.

  3. Pingback: Mélenchon – Le Pen acte 2… mais maintenant, c’est papa qui veut débattre ! | veni vidi blogui

  4. J’ai la même analyse que l’article, j’ajouterais seulement qu’il faut avoir une mauvaise foi caractérisée pour déclarer une victoire de Marine Le Pen lors de ce débat.

    Après, je regrette que Jean-Luc Mélenchon n’ai pas pu (manque de temps) l’attaquer sur les autres énormités du programme FN, notamment les thèmes économiques et sociaux. (je sais que lui-même est sorti déçu de ce ‘numéro’ imposé par MLP, il n’a sans doute pas réalisé sur le coup le mal qu’il venait de faire au FN. Il est vrai qu’il y a un niveau d’exigence à gauche autrement plus élevé.)

    Mais qu’on imagine quelqu’un d’autre face à la stratégie douteuse (mais inédite) de Le Pen, ce politique x (ou y) aurait-il pu faire mieux ? Peu probable.
    JLM a fait preuve de patience, a relancé tant qu’il pouvait le débat, toujours sous l’angle de l’argumentation (et, en sup, a pu allonger 2-3 mandales en quelques mots 🙂 ).

    Bref, débat pas du niveau de Mélenchon, mais la faute en incombe intégralement à la joueuse de flutte.

  5. un autre article intéressant (et beaucoup commenté) :
    http://mobile.agoravox.fr/tribune-libre/article/melenchon-vs-le-pen-111066

    De plus, sur le site du Monde, à une question posée, le soir même du débat, du style « Mélenchon/Le Pen, qui a gagné ? », les internautes répondent à + de 90% que c’est JL Mélenchon (alors même que les militants FN faussent systématiquement ces questionnaires d’opinions, c’est impressionant comme résultat ! – même si ça ne doit pas être pris au sérieux)

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s