L’élection présidentielle est un sport qui se joue à un contre un et où l’Allemagne gagne toujours à la fin

La parole au peuple

« J’ai pu mesurer pendant cinq ans à quel point les corps intermédiaires font écran entre le peuple et le gouvernement : les syndicats, les partis, les groupes de pression, les experts, les commentateurs, tout le monde veut parler à la place du peuple sans jamais se soucier de ce que le peuple veut, de ce qu’il pense et de ce qu’il décide, comme si le peuple n’était pas assez intelligent, pas assez raisonnable (…). De l’entre-soi des élites politiques, des élites économiques, des élites administratives, des élites syndicales, il ne sort que des compromis boiteux et au final, il ne sort que l’immobilisme. »

Nicolas Sarkozy, discours de campagne à Annecy le 16 février 2012.

Lors du même discours, le président martèle qu’il entend donner la parole au peuple chaque fois que ce sera nécessaire, notamment en cas de blocage, à travers l’organisation de référendums. Comprendre rendre au peuple sa souveraineté et le libérer des élites qui confisquent le pouvoir. Dont acte.

La parole au peuple, sauf si son représentant est de gauche

Par ailleurs, la presse [Le ParisienLe Monde] se fait écho aujourd’hui d’une fronde anti-Hollande de la part des dirigeants conservateurs (et ultra-libéraux) des principaux pays de l’Union Européenne mais à l’initiative de la chancelière Merkel. Ainsi, « La chancelière allemande Angela Merkel et ses homologues conservateurs italien, espagnol et britannique se seraient entendus pour refuser de recevoir le candidat socialiste à l’élection présidentielle en France, François Hollande. », information émanant du magazine allemand Der Spiegel à paraître lundi et reprise par les journaux français. L’entente supposée a bien évidemment été démentie à la mi-journée par un porte-parole du gouvernement allemand.

Que répond le camp du candidat Sarkozy, par l’intermédiaire de l’ultra-zélée porte-parole Nathalie Kosciusko-Morizet dans l’émission Dimanche+ sur Canal aujourd’hui ? 

« Je crois surtout que François Hollande a un problème de crédibilité en Europe, de crédibilité sur la scène internationale et il se cherche un responsable. Alors il se plaint d’abord qu’Angela Merkel ne veuille pas parler avec lui. Oui, quand il va en Allemagne pour appeler à sa chute, forcément elle n’a pas très envie. Il se plaint aussi que les autres dirigeants européens ne veuillent pas discuter avec lui, ben oui il joue les fiers à bras dans la cour de récréation ».

En d’autres termes, elle ne confirme ni n’infirme cet accord secret. Et surtout, en imaginant qu’il existe, elle ne le condamne pas, elle dit simplement en substance qu’elle ne trouve(rait) pas ça illogique et s’en gargarise à tel point qu’on peut supposer qu’elle y voit la potion magique qui transformera son champion éclopé en vainqueur !!

En passant, je ne suis pas sûr que NKM ait intérêt à persévérer dans cette voie, avec ce ton et cette condescendance (désolé, ses yeux, son sourire, son visage dissimulent mal ses émotions) qui montrent décidément que l’arrogance est un marqueur de cette génération politique de droite. On la dit brillante, indépendante et prometteuse. Pour l’instant, elle se montre servile et suffisante et pour tout dire, pas très peuple d’en bas. L’erreur de casting est patente. Quand ça veut pas, ça veut pas…

Une coalition des droites européennes prise en flagrant délit d’ingérence

Clairement, l’idée est de montrer que primo, François Hollande n’a pas la stature et la crédibilité d’un homme d’état puisque ses homologues n’entendent pas l’intégrer à leurs discussions, et secundo que son élection à la présidence de la République serait immédiatement frappée du sceau de l’isolement puisque ses partenaires économiques, financiers et diplomatiques ne daigneront pas travailler avec lui.

En d’autres termes, la seule option possible pour tous ceux qui croient un tant soit peu à l’Europe est de voter Nicolas Sarkozy. Angela Merkel ne fait d’ailleurs pas mystère du soutien qu’elle porte au candidat sortant, projetant même de participer à un ou plusieurs de ses meetings. Inouï !

Le devoir de neutralité de nos partenaires européens leur imposerait pourtant de ne pas se livrer à pareille ingérence, de ne privilégier aucun candidat, de prendre acte de la volonté du peuple français pour ensuite travailler avec son représentant.

Un piège qui peut se retourner contre son auteur

Mais le piège de la droite française, confortée par les droites européennes, est clairement en place. Sauf que ce piège ne se refermera pas sur celui qu’il est censé emprisonner.

Il peut être contourné et détourné en mettant Nicolas Sarkozy devant ses contradictions : le chef de l’état se présente comme le candidat du peuple français à qui il entend rendre sa souveraineté mais organise, ou tout au moins ne condamne pas, cette initiative des dirigeants conservateurs européens qui vise justement à priver le peuple de son droit à l’autodétermination via l’élection présidentielle.

Il y a donc bel et bien ingérence dans le suffrage universel du peuple français, celui-là même que Monsieur Sarkozy entend pourtant protéger des élites qui n’aspirent qu’à « parler à sa place ».

Difficile en effet dans une même impulsion de s’auto-proclamer candidat du peuple et de cautionner par ailleurs une certaine forme de recel de son suffrage par des dirigeants européens intrusifs, alors même que le vote des Français est souverain : la prise de position des « 4 mouqaustères » n’est pas neutre, elle influence les Français et induit de fait une sorte de confiscation du pouvoir. Le schizophrénique Nicolas Sarkozy fait une fois de plus le grand écart, illustrant son paradigme de base « l’élection justifie les moyens« .

Mais peut-être le président faisait-il simplement allusions aux élites politiques, économiques, administratives et syndicales FRANÇAISES ?? Quand les élites sont étrangères, ça ne compterait pas. Quoi qu’il en soit, voici les CV des 4 mousquetaires du « peuple selon Sarkozy », ça laisse pantois…

Le footballeur anglais Gary Lineker avait dit dans les années 90 à l’époque où la Mannschaft trustait les titres que « Le football est un jeu simple : 22 hommes courent après un ballon durant 90 minutes, et à la fin, c’est toujours l’Allemagne qui gagne ».

Il semblerait que l’élection présidentielle soit un sport qui se joue à un contre un mais où les allemands ont le droit de rentrer sur le terrain à tout moment, dans l’unique but de faire gagner Nicolas Sarkozy à la fin.

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2 commentaires sur “L’élection présidentielle est un sport qui se joue à un contre un et où l’Allemagne gagne toujours à la fin

  1. Je comprend votre propos, mais dans le fond, non seulement ça ne me semble pas choquant parce qu’il s’agit d’un groupe idéologique et politique et que, si les nations Européennes doivent s’unir, s’allier ou se fondre, la logique veut que nous allions vers ce genre de phénomène, quoiqu’il arrive. Ca peut être une ouverture comme une ingérence intra-communautaire ; dans le pire des cas, l’UE deviendra une zone d’ « échanges de bons procédés » entre politicards.
    A mon sens, il s’agit surtout de victimiser Hollande – puisqu’il sera reçu de toutes façons – et d’en faire un candidat « hors-système » en quelque sorte. C’est du bricolage…

    • Je ne dirais pas victimiser F. Hollande mais tenter de montrer à travers ce boycott qu’il est incompétent, rejeté par les grands d’Europe et que s’il est élu, ce sera le chaos car personne ne voudra gouverner avec lui.

      En revanche, là où ça devient dangereux pour N. Sarkozy, c’est qu’une bonne partie de sa campagne consiste justement à montrer que c’est lui le candidat hors-système, le candidat du peuple, alors que F. Hollande est au contraire le candidat du système, des élites, de l’entre-soi.

      Or, cette affaire, comme vous le dites, montre strictement le contraire. Elle induit donc un manque de cohérence (un de plus) dans la ligne politique de N. Sarkozy et brouille un peu plus son message.

      Conclusion : cette alliance supposée dont s’est emparé la droite pour faire passer son message sur la légèreté politique de F. Hollande est un piège mais il peut très bien se retourner contre elle, c’est ce que je voulais montrer.

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