« Si je perds la présidentielle, j’arrête la politique », Sarkozy joue tapis !

Nicolas Sarkozy a annoncé ce jeudi 08 mars sur RMC sa décision d’arrêter la politique en cas de défaite à la présidentielle.

Ainsi, selon RMC, à la question d’une auditrice « si vous perdez cette élection, est-ce que vous arrêtez la politique ? », Nicolas Sarkozy répond sans hésiter : « Oui ! ». Réinterrogé par Jean-Jacques Bourdin à ce sujet, le Chef de l’Etat ajoute en souriant : « Vous pouvez me poser la question une troisième fois, je vous le dis : oui ».

Prié de dire s’il reprendra alors son métier d’avocat, Nicolas Sarkozy conclut : « D’abord, je ne me mets pas dans cette perspective, mais puisque cette auditrice me pose la question – c’est normal, si je ne veux pas répondre aux questions, je ne viens pas –, je lui dis que je ne suis pas sûr d’aller m’installer à Annemasse [ndlr, ville où réside l’auditrice], mais que je ferai autre chose ; quoi, je ne sais pas et c’est pas le moment d’en parler ».

Mis au ban par une grande majorité de Français davantage sur son style que sur sa politique, Nicolas Sarkozy s’est engagé dans une partie de poker menteur, dans laquelle, se sachant bien mal embarqué, il joue tapis. Cette semaine est cruciale pour lui, les stratèges du candidat considérant qu’elle doit correspondre au moment où les courbes se croisent (comprendre le moment où ses intentions de vote en berne décollent enfin et dépassent celles de François Hollande).

Il s’agit donc de lui reconstruire une stature de présidentiable et de le figer dans la posture d’un héros.

C’est un pur travail de communication, les spin doctors du président sont aux manettes, la pièce se jouant en 3 actes :

Acte 1/ Mardi 06 mars : normalité et proximité

Une émission, « Des paroles des actes », sur France 2 où le président a fait acte de contrition, concédant avoir fait des erreurs lors du début de son quinquennat, notamment sur le style, mais assurant par ailleurs en avoir tiré les conséquences, de telle sorte que ce costume lui ira enfin. Il aurait donc changé, serait suffisamment mature pour un second quinquennat si les Français daignaient lui accorder une nouvelle fois leur confiance, et serait à n’en pas douter celui qui les protégerait le mieux des effets dévastateurs de cette succession de crises inouïes.

La preuve ? Il est comme eux, un Français comme les autres, avec ses problèmes, ses émotions, ses fêlures, dont il joue pour faire pleurer dans les chaumières et montrer qu’il est résolument hors-système et n’appartient en aucun cas à ces élites méprisantes et égotistes : « si victoire il y a, cette fois-ci j’ai une famille, une famille solide et je sais où je pourrais la fêter cette victoire, avec ceux que j’aime, avec ma femme et mes enfants, et peut-être quelques amis ». 

Il vante donc la famille, à la fois valeur refuge et symbole de stabilité et de maturité. Cette stabilité matrimoniale qui lui aurait tant fait défaut en 2007 et qui expliquerait ses errements invraisemblables de début de quinquennat. Cette famille pour laquelle il aurait consenti, bien malgré lui, à aller fêter sa victoire dans cette « brasserie populaire » (le Fouquet’s, copyright Ch. Estrosi) et à prendre des vacances sur une modeste barcasse prêtée par son ami de 30 ans Vincent Bolloré. Un luxe qu’à l’entendre il ne goûterait guère mais dont il pensait qu’il l’aiderait à l’époque à recoller les morceaux avec la fugueuse Cécilia.

Ouais ouais… Pinnochio, sors de ce homme, y’a Tartuffe au téléphone pour toi !

Mais bien heureusement plus besoin de ça à présent car lui et Carla sont « des gens modestes »…

Acte 2/ Jeudi 08 mars : dignité et altruisme

La matinale BFM-TV RMC, où, interrogé par Jean-Jacques Bourdin, Nicolas Sarkozy joue la carte du désintéressement et de la dignité, pariant sur le fait qu’on devient toujours plus populaire quand on est mort, ne fusse qu’une mort politique. Il suffit de jauger la côte d’amour de Jacques Chirac pour s’en convaincre. A travers cette déclaration, le message est clair : « Tout ce que j’ai fait, je l’ai fait pour vous, par vous et avec vous. Il vous appartient donc de me dire si vous m’estimez digne de continuer à vous servir. ».

Cher peuple de France, si tu veux que le président reste, tape 1, sinon tape 2. C’est stop ou encore. Le premier référendum de l’ère Sarkozy, il aura fallu attendre presque 5 ans !

Nicolas Sarkozy emprunte la posture du haut-fonctionnaire républicain grand serviteur de l’état dont l’esprit de sacrifice ne fait aucun doute. Ce faisant, il entend démontrer qu’il ne fait rien à titre personnel, que si le peuple le décide, il ira vaquer à d’autres occupations et se retirera quoi qu’il arrive avec la satisfaction du devoir accompli.

Dignitas et gravitas.

Mardi, Nicolas Sarkozy était devenu un homme mûr, apaisé, serein et expérimenté. Ce jeudi, il se présente comme le seul à ne pas considérer le pouvoir comme une fin en soi, montrant en creux que tous ses concurrent n’aspirent qu’à le conquérir par tous les moyens. Lui pense au bien commun pendant que les autres ne pensent qu’à leur pomme et à leur confort.

Bon sang, mais oui, c’est évident, Nicolas Sarkozy, c’est en fait la réincarnation de l’Abbé Pierre dans un corps d’enfant (mais un enfant avec une grosse montre)…

Acte 3/ Dimanche 11 mars : courage et détermination

Le méga-meeting de Villepinte, considéré comme le point d’orgue de la campagne. Le moment où militants découragés et peuple français lassé vont lui (re)déclarer leur flamme, soit par des salves d’applaudissement nourris, soit dans les sondages : « Nicolas, tu ne peux pas nous faire ça, il faut que tu restes, sans toi on est perdu ! ».

Tout est pensé pour que l’effet de « piédestalisation » soit le plus spectaculaire possible et il faudra faire salle ultra-comble. La peur de perdre à jamais le « capitaine dans la tempête » doit provoquer cet électro-choc qui fera enfin décoller la campagne et qui montrera par effet de contraste que Nicolas Sarkozy surclasse ses adversaires.

Dimanche, on aura le droit, encore plus que d’habitude, à une mise en scène et une rhétorique guerrières qui mettront l’accent sur la personnalité hors-norme, le courage et le sens du sacrifice de Nicolas Sarkozy. Pour protéger le peuple, il faut un général, pas un capitaine de pédalo. CQFD.

Dimanche, on aura donc la chance de voir Chuck Norris en chair et en os sur une estrade de l’UMP.

Conclusion

On n’est plus du tout dans le domaine de la raison mais dans le domaine de l’affect. Cette semaine, l’UMP rameute ses troupes tandis que les conseillers de campagne Patrick Buisson, Guillaume Peltier, Emmanuelle Mignon et consorts réécrivent « Plus belle la vie ».

100% de communication, 0% de projet programmatique.

Et ce n’est plus un candidat qu’on tente de nous vendre mais Big Jim à Neuilly ! Décidément, les cerveaux de l’Elysée ne doutent de rien et nous prennent vraiment pour des truffes.

Mais pour reprendre à mon crédit un propos de Nicolas Sarkozy himself lors de son meeting sur l’éducation à Montpellier, « Franchement, qui peut croire à cette fable ? »…

Mise à jour vendredi 09 mars : s’il était besoin d’une preuve supplémentaire de l’effet de contraste recherché entre le « héros » Nicolas Sarkozy et le « fade » François Hollande, la confirmation en a été donnée aujourd’hui en marge du déplacement du chef de l’état à Nice. L’Express rapporte ainsi que Nicolas Sarkozy a dénoncé devant les journalistes « la pratique de l’esquive permanente du candidat socialiste, cette façon de ne jamais répondre à une question, de ne jamais s’engager totalement (…) quoi qu’il arrive, de toute manière, il continuera avec son petit statut tranquille d’homme politique« .

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7 commentaires sur “« Si je perds la présidentielle, j’arrête la politique », Sarkozy joue tapis !

  1. Avant de feindre l’émotion lorsqu’il a fallu se justifier sur le Fouquet’s, Sarkozy a déclaré que s’il perdait, il s’en remettrait, qu’il « ferait du fric » ou « des affaires » – le terme exact est à vérifier, mais l’esprit de sa saillie, c’était celui-là. Voilà ce qui en dit long sur ce qu’on présume être un chef d’Etat, un personnage avec un tant soit peu d’épaisseur, de courage et de dignité. Ses repentirs et son humilité surjouée ne gommeront rien. Jolies performances néanmoins, j’avoue que, au-delà des étiquettes et si j’étais totalement dépolitisé, j’aurais une petite sympathie pour ce personnage faussement maladroit… Au fond, Sarkozy se fiche d’être réélu ou pas -enfin pas exactement, mais il le prendra plus pour une étape de sa carrière que pour un évènement le dépassant.

  2. Pingback: Lettre ouverte au président du peuple des veaux | veni vidi blogui

  3. @zogarok
    « Jolies performances néanmoins, j’avoue que, au-delà des étiquettes et si j’étais totalement dépolitisé, j’aurais une petite sympathie pour ce personnage faussement maladroit… »

    Vous exprimez cher ami, ce que beaucoup confusément éprouvent sans vouloir l’admettre à eux-même, croyez le. Ce type n’est pas ordinaire pour sûr, et la politique peut être dégoutante.
    Pour autant, ils(elles) sont légions à y aller et peu importent au fond les convictions et/ou motivations.

    « … Au fond, Sarkozy se fiche d’être réélu ou pas -enfin pas exactement, mais il le prendra plus pour une étape de sa carrière que pour un évènement le dépassant. »

    Tout à fait exact. Ce qui n’empêche pas de souligner qu’il est quand même accro au truc-machin, et encore une fois, la sur-dimension de l’égo y est pour beaucoup. Foi d’un égotiste patenté (c’est moi cette foi :-)).
    Enfin,…..

    Amitiés

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