Lettre ouverte au président du peuple des veaux

Cher président du cynisme et de la honte,

Depuis que vous avez décidé de rentrer en campagne pour votre propre réélection, vous occupez l’espace médiatique comme personne n’a osé le faire avant vous, nous imposant votre présence jusqu’à l’indigestion, camouflant votre brutalité naturelle derrière une mièvrerie ciselée et rappelant à chacun ce que le mot indécence signifie.

Ces squats d’émission de télévision ou de radio se sont accentués depuis deux semaines. Vous confondez réquisitoire et réquisition. L’espace public ne vous appartient pourtant pas et il me semble que nous n’avons pas à endurer vos pitreries.

Puisque c’est bien de cela qu’il s’agit : un numéro de cirque concocté par vos spin doctors (P. Buisson, G. Peltier, E. Mignon etc), qui ne vise qu’à enfumer votre public électoral et à inhumer pour l’éternité le bilan indigent de la funeste politique que vous menez depuis 5 ans.

La France, on l’aime ou on la quitte avez-vous dit un sombre jour d’avril 2006. Ce n’est pas LA France que je n’aime pas mais la VÔTRE, celle que vous nous dessinez à l’aune de votre inepte campagne.

Et aujourd’hui, j’ai honte, honte des outrages que vous nous infligez jour après jour, dans cette escalade de mauvais goût politicien.

1/ Honte de vous voir gesticuler comme un pantin et faire le grand écart entre l’extrême-droite et le Front de Gauche en accommodant certains de leurs ingrédients dans le seul but de créer un programme à la carte dont le manque de cohérence en devient tellement patent qu’il est une insulte à l’intelligence de vos concitoyens. Que vous épousiez les thèses du Front National n’a rien d’étonnant en soi quand on connait les CVs de vos proches conseillers, mais que vous osiez investir les idées du Front de Gauche, parti éminemment respectable, montre que vous vous conduisez en véritable pillard programmatique.

2/ Honte de vous entendre nous expliquer que vous voulez maintenant renégocier les accords européens de Schengen et instaurer un protectionnisme économique (« Buy European Act ») alors que vous avez initialement bafoué le vote des Français au référendum sur le traité de constitution européenne en 2005, pour ensuite le faire ratifier par voie parlementaire sous la forme détournée du traité de Lisbonne. Honte de vous entendre faire l’apologie de la souveraineté alors que vous l’avez méthodiquement bradée à Madame Merkel et aux marchés financiers depuis le début de votre quinquennat.

3/ Honte de vous voir tancer des journalistes qui ont l’outrecuidance de poser des questions qui dérangent votre seigneurie alors même que certaines d’entre elles concernent votre action publique, dont vous êtes comptable et responsable devant le peuple qui vous a élu.

4/ Honte de vous entendre vous proclamer candidat du peuple contre les élites quand dans le même temps vous avez tenté d’imposer votre fils à la présidence du plus grand quartier d’affaires européen (l’EPAD), que l’affaire Woerth-Bettencourt est encore au menu du jour ou que l’affaire Karachi semble frappée du sceau du secret d’état (au moins du secret de l’UMP).

5/ Honte de vous entendre pourtant insulter ou traîner ce peuple dans la boue quand votre incommensurable narcissisme vous enlève tout discernement compassionnel et vous prive de la politesse la plus élémentaire à l’égard de ceux que votre action doit servir, et même de vos supporteurs.

6/ Honte du massacre que vous avez perpétré dans l’Education Nationale, transformant les classes de primaire en poulaillers et piégeant les enfants en situation de handicap dans cette nasse. Honte de vous entendre argumenter en boucle, vous et votre valet de l’éducation Luc Chatel, sur la différentiation des moyens et la personnalisation des parcours, arguments que vous servez aux parents jusqu’à l’overdose alors même que vous n’avez aucune idée des ravages que votre approche purement comptable provoque sur le terrain.

7/ Honte de vous voir instrumentaliser de manière indigne le handicap à des seules fins électoralistes en ne sachant nous en parler qu’à travers des statistiques et jamais de résultats qualitatifs.

8/ Honte de vous entendre mentir encore une fois et avec un aplomb inouï ce matin sur Europe1, après les chiffres déjà abracadabrantesques de votre intervention du 27 février sur RTL (1), à propos de la démographie comparative des élèves et des professeurs dans notre pays en répondant à une auditrice que « Nous avons 530 000 élèves de moins qu’il y a 10 ans et 35 000 enseignants de plus » alors que les chiffres officiels de l’INSEE font au contraire état d’une diminution conjointe de (seulement) 149 000 élèves et de 61 432 professeurs, ce qui signifie que vous mentez quand vous prétendez que le nombre d’enseignants augmente (2) !

9/ Honte de vous entendre brandir l’argument de vos problèmes conjugaux en 2007 pour vous dédouaner de ce qui restera comme le symbole de votre (et je l’espère, le seul) quinquennat, ce restaurant populaire des Champs-Elysées où vous avez fêté votre triomphe avec la crème de la crème des élites qui vous a fait roi mais que vous faites mine aujourd’hui de répudier.

10/ Honte de vous voir arborer cette condescendance teintée de fausse proximité pour nous faire croire que vous êtes un Français comme les autres, nous offrant le spectacle pathétique de la mise en scène de votre vie personnelle alors qu’on attend de vous que vous œuvriez pour le bien collectif.

11/ Honte du dévoiement que vous infligez chaque jour à la politique et à ses institutions, ayant placé la communication au centre de tout et au service du cynisme le plus absolu. Honte de sentir que vous êtes prêt à toutes les circonvolutions idéologiques pour être réélu.

12/ Honte de voir que votre propre femme, autrefois brillante et indépendante, s’est muée en une cruche de compétition et se met à réciter ses éléments de langage comme le perroquet de Toul, n’hésite pas à traiter les journalistes de pinocchio, pousse l’imbécillité jusqu’à qualifier votre couple de gens modestes, et se targue de regarder les mêmes émissions de télé que les gueux, preuve ultime à l’entendre de votre osmose plébéienne.

13/ Honte de voir qu’un poivrot à qui il manque une case et qui ne manque jamais une occasion de pisser dans un avion vient chauffer vos salles en meeting.

14/ Honte de vous voir organiser des déplacements où sont réquisitionnés des figurants, méticuleusement castés et priés de s’endimancher, pour faire la claque au passage du monarque, quand ce ne sont pas des enfants !

15/ Honte de vous voir scénariser le sauvetage des entreprises à grand renfort de caméras de télévision alors qu’hors campagne présidentielle, c’est à peine si les ouvriers ont la chance d’apercevoir vos talonnettes.

16/ Honte de vous voir cliver et stigmatiser systématiquement pour exister politiquement, à travers vos déclarations ou celles de vos sbires sur la gradation des civilisations, la récupération du débat sur la viande halal, vos leçons de laïcité, vos sous-entendus obscènes à propos des enseignants qui ne travailleraient pas assez, et maintenant cette mise au ban surjouée des riches exilés fiscaux pour faire croire aux pauvres qu’ils sont importants.

17/ Honte de vous voir tellement mépriser votre peuple que vous estimiez inutile de lui proposer un programme cohérent parlant du fond, pour lui préférer une farandole d’effets d’annonce tous plus racoleurs les uns que les autres.

18/ Honte enfin que vous soyez mon président et que vous me représentiez à l’étranger où vous faites les gros titres de la presse qui vous assimile à l’extrême-droite. Honte que vous n’ayez pas la présence d’esprit de ne pas nous infliger un nouveau camouflet en briguant votre propre succession.

Mais surtout, fatigué que vous nous preniez pour des veaux décérébrés. De Gaulle au moins, à qui on doit ce qualificatif, était un homme d’état, alors que vous ne serez définitivement qu’un petit chef de l’état avec une grosse montre.

(1) Intervention du 27 février sur RTL : « Ecoutez, les chiffres sont intéressants : il y a un peu plus de 400.000 élèves de moins dans l’Éducation nationale depuis dix ans, et il y a 45.000 professeurs de plus ». 
(2) Le JDD fait état d’un chiffre différent, une diminution d’environ 32 000 postes de professeurs. Dans certaines études, le supérieur est comptabilisé, dans d’autres non. 
A lire également : La minute de silence de Sarkozy...
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23 commentaires sur “Lettre ouverte au président du peuple des veaux

  1. Pingback: Nicolas Sarkozy, candidat du peuple… sauf quand le peuple veut venir manger à la maison | veni vidi blogui

  2. Félicitations. J’approuve tout, sans retenue (je crois que vous méritez de faire l’unanimité sur ce coup là) !
    Sauf!… le tout dernier paragraphe ; car je crois que si on reproche à Sarkozy d’être d’extrême-droite à l’étranger, c’est parce que ses annonces fracassantes (et illusoires voir cyniques) sur Schengen et l’immigration sont (en mal dégrossi) incompatibles avec l’épanouissement d’une presque-institution supra-nationale qui s’appelle la loi des marchés.
    Je crois aussi que ça fait partie d’un certain cirque (je ne sais pas dans quelle mesure) destiné à légitimer la posture -voir le titre- de « candidat du peuple & anti-élite ».

    • Merci.
      Et vous n’avez pas tout à fait tort pour le dernier paragraphe : arrivé au point n° 18, je manquais peut-être de lucidité, comme un coureur du Tour de France après 3 cols de haute-montagne !
      Du coup, j’ai sprinté avec ce qu’il me restait dans les chaussettes !
      🙂

      • Je le comprend parfaitement, il m’est arrivé la même chose à plusieurs reprises. Mais d’un autre côté, ce point 18 relève des aspects qu’objectivement comme de façon plus partisane, il faut bien admettre : Sarkozy est un représentant indigne et ridicule (l’extrême-droite et ceux qui y sont assimilés, à tort ou à raison, valideront cela comme tant d’autres) – d’ailleurs, le soutien de Berlusconi à peine son lancement en campagne officialisé était un symbole assez… parfait.

      • Plus sérieusement (par rapport à ma métaphore du TdF), je pense que si N. Sarkozy a été assimilé à l’extrême-droite outre-atlantique, c’est davantage pour ses prises de position sur les civilisations (Guéant), le débat sur la viande halal, la mise en parallèle de l’immigration et de l’insécurité etc.
        Je crois que cette accusation est antérieure à Villepinte où il a parlé de Schengen (mais je peux me tromper).
        A mon sens, le côté libéral était donc secondaire, en tout cas, c’est comme ça que je l’ai ressenti.

      • Il ne me semble pas, mais je peux me tromper ; je crois que les deux articles (issus du Wall Street Journal &… NY Times ??) ont été écrit -ils ont en tout cas fait du bruit- après Villepinte. Et justement, ces réactions ne sont intervenues qu’après Villepinte, mais aussi les excès « populistes » (toxiques, bien qu’uniquement de postures) qui ont découragé beaucoup de leaders de droite libérale et conservatrice à l’étranger (outre l’anecdote avec Angela Merkel qui ne viendrait pas, beaucoup de voix s’élèvent en Europe depuis Villepinte – c’est comme s’il avait fallu Schengen pour que tout ce monde réalise combien Sarkozy joue le « facho » autoritaire mais humble & que son équipe est composé de droitistes outranciers pour la façade mais totalement désengagés dans l’exercice de leurs fonctions).

  3. Bravo et encore bravo dommage que l’article ne soit pas propager sur tous les sites afin que certains prenent conscience du danger de la politique de sarko
    Il est temps d’agir contre la dictature

    • Bonjour Sarah et merci de votre commentaire,
      Je vous invite à propager le lien de cet article si vous le désirez. J’en suis certes l’auteur mais c’est effectivement pour qu’il soit lu par le plus grand nombre, il n’a pas à vocation à rester confidentiel sur ce blog.
      Donc, je vous en prie, faites-en l’usage qui vous semblera pertinent.
      Cordialement.

  4. Merci infiniment, on se sent moins seuls, j’ajouterais : nos militaires partis au front en Afghanistan, après annonce du ci-devant candidat président (le camembert aussi est un président) en Angleterre SANS avoir consulté le parlement auparavant. Insupportable…!
    Salut à tous les résistants.

  5. Pingback: Gouvernance | Pearltrees

  6. Pingback: Si Sarkozy est réélu, on ne pourra plus dire qu’on se savait pas | veni vidi blogui

  7. Bonjour, je découvre donc votre article au détour d’une lecture du NOBS et je le trouve excellent ! Cependant, l’éjection du Nain pourtant pas si évidente vu la rage qu’il a mis dans sa tentative de réélection me laisse un goût amer ; En effet, quelle rage identique montrent tous ceux qui nous exhortaient de l’occire !!! Plewnel, Joffrin… A tel point que plus ça va, moins je les lis, les regarde ou les écoute. Et pour avoir lu l’article du NOBS par hasard mais en entier = Ben c’est pas gagné…

    • Bonjour,
      Vous avez tout à fait raison, je suis moi aussi frappé par l’impatience des journalistes à l’égard du couple exécutif et par la batterie de sondages qui sort pour appuyer ces « démonstrations ». Ça ne fait que 4 mois, c’est peu pour effacer 5 ans, et même plus si on considère que Chirac a aussi sa part, des dégâts de l’actuelle opposition. Le pire étant que Sarkozy ambitionne évidemment de revenir aux affaires en 2017. Personnellement, j’en suis persuadé depuis le 06 mai au soir.

  8. Pourquoi « effacer » ; on sait très bien qu’il n’effacera rien du tout et que le PS relaie l’UMP, d’ailleurs les mesures austéritaires viendront, de gré ou de force, que Hollande les désire ou non. En attendant, il inaugure les chrysanthèmes, évoque les communautés et les tensions… Il n’y a pas eu de réformisme ou même de propositions sur le terrain social et la proposition de Duflot sur le logement est tout simplement intenable. On est pas loin de la caricature du gouvernement de gauche proposant aux pauvres de le rester, mais décemment. On ne regonfle pas un peuple ainsi.

    • Zogarok, merci de votre message.
      Mais « le PS relaie l’UMP » ?? Vous n’êtes pas sérieux là !
      Qu’on puisse être mécontent des mesures ou non-mesures de Hollande, je le conçois aisément, mais qu’on mette le PS dans le même sac que l’UMP, ça n’a tout simplement pas de sens (+40 000 postes dans l’EN, droit de vote des étrangers non-communautaires, nucléaire – fermeture programmée de Fessenheim etc)
      Je sais bien que se déroule actuellement l’université d’été du FN mais est-ce une raison pour reprendre ses poncifs les plus absurdes et les moins réfléchis ? Vous valez mieux que ça, ne vous mêlez pas aux loups qui hurlent. 🙂
      Bonne journée.

  9. Bonjour Derdrie ; je ne savais pas pour cette université d’été. Oui mon commentaire était excessif mais j’aime bien ré-équilibrer.
    On est d’accord pour dire que le PS a un plus grand souci de l’écologie et de l’égalité des droits que l’UMP (avec notamment quelques réformes à venir – je ne valide pas du tout le droit de vote des étrangers en revanche, mais ça c’est une opinion) ; mais sur le terrain économique, il relaie. Pas nécessairement par conviction ; mais par renoncement ou par dépit, le PS relaie et par exemple, les « 75% » sont un gros pavé pour mieux cacher l’inaptitude à bousculer la donne. Je ne fais pas tellement le procès du PS, je ne dit pas que sa tâche est facile ; mais c’est ainsi et je vois Montebourg très seul, Royal abandonnée, Mélenchon dans la gaudriole.

    • Oui, là je comprends mieux votre analyse, que je partage sur certains points d’ailleurs. J’espère juste qu’ils (la majorité) y arriveront parce que sinon, tous autant que nous sommes, nous en subirons effectivement les conséquences économiques.

      Et pour ce qui me concerne, vous l’aurez compris, pas question que cette UMP revienne au pouvoir car je considère que ce sont des valets, des larbins de la puissance financière. Ils en sont également des larges bénéficiaires d’ailleurs, il y a des retours d’ascenseur incessants.

      Il faut écouter cet « illuminé » d’Etienne Chouard parler des accointances entre le pouvoir politique et le pouvoir de l’argent, et il n’est pas le seul à porter cette parole (les sociologues Monique Pinçon-Charlot et son mari, Michel Pinçon, notamment). Ça donne un autre angle de vue que celui qu’on entend à longueur de journée de la part des « experts » sur BFM, I>Télé ou dans la presse écrite.

      Cordialement

  10. Oui, enfin Alain Soral aussi… Tous les gens un peu sérieux en fait, quelque soit leur détermination ou leurs excès. Je n’aime pas trop Chouard, il est bloqué sur quelques thèmes, il est très monolithique.

    • Mettre en parallèle Chouard et Soral (qui fait l’apologie de Faurisson et fut un colistier de Dieudonné aux européennes de 2009, beau CV…), c’est juste pas possible.
      Ils ne sont absolument pas comparables, Soral est un mec dangereux, à la limite de la démence.
      Mais, bon, on s’éloigne du sujet.

  11. Oui, mais Dieudonné lui est un agitateur, hors de la scène, il n’a pas du tout la véhémence de Soral, même s’il a des convictions « arrêtées ». Soral permet d’illustrer quelques analyses justes, il a des engagements intéressants (des initiatives « décroissantes »), mais aussi la tendance à surfer sur une misère sociale, sa haine de l’homosexualité en atteste. Au-delà, il se revendique « nationaliste intégral », ce qui a le mérite de savoir à quoi s’en tenir… et donc de garder ses distances avec pas mal de ses fièvres.
    Le parallèle, c’était juste pour dire qu’à peu près tous les intellectuels, philosophes, essayistes ne faisant pas les unes se retrouvent sur la dénonciation de cette accointance. Mais Chouard et Soral n’ont évidemment aucun point commun au-delà, Chouard est dans l’admiration béâte du gouvernement direct sans envisager de gardes-fous, alors que Soral est l’anti-démocrate ultime.

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