Jean-François Copé, le Roquet Balboa de l’UMP qui boxe en catégorie gros lourd

Folle semaine pour Jean-François Copé (JFC), « le pire d’entre eux mais pas avant 2017 », désintégré et mis en orbite par Audrey Pulvar samedi dernier dans l’émission de Ruquier On n’est pas couché, mais qui avait décidé de remettre les gants hier soir dans l’émission politique Des paroles des actes, dans un duel, un rituel présidentio-initiatique devrait-on dire, avec l’invité de l’émission François Hollande.

Copé humilié…

Samedi, trop sûr de sa supériorité et dégoulinant de condescendance à l’égard des deux chroniqueuses (ah, cette façon de leur donner du « Audrey » et du « Natacha » [Polony]…), il se fait bananer pendant toute l’émission et cueillir par un crochet d’Audrey Pulvar à propos de son amitié avec Ziad Takieddine, qui le met dans les cordes pour le reste de l’émission (voir la séquence à 5’30). A cet instant précis, la solitude de Copé fait peine à voir (non, je déconne).

Un JFC sur le reculoir, souffrant le martyr pendant 1h30, venu pour cogner sur François Hollande mais pris à son propre piège et prié de justifier la politique désastreuse de la majorité, et qui finit par quitter la partie en serrant la main de tout le monde… sauf celle de sa tortionnaire du soir Audrey Pulvar.

JFC qui fait une Raymond Domenech, grande classe, ça montre la qualité de ce grand démocrate.

A sa décharge, difficile cependant avec sa rhétorique limitée – on atteint rapidement l’overdose d’expressions transitionnelles du type « En vérité », « Je vais vous expliquer », « C’est très simple », « Je vais vous dire une chose », « De ce point de vue » – et sa dialectique de fin de 3e, de se dépêtrer d’une saillie argumentée et précise lorsque celle-ci est posée avec force par une chroniqueuse incisive et sans concessions.

Mais Copé libéré…

Alors hier soir, c’était retour aux fondamentaux : arrogance, agressivité, propagandisme et distorsion de la réalité, ses principaux marqueurs, dans un rôle d’attaquant sans foi ni loi qui lui sied davantage. Avec en prime sa pitoyable et ridicule carte de France, faite sous PowerPoint, des 400 000 emplois menacés dans les centrales nucléaires, au secours !!

Copé en caricature de lui-même mais en pire, Copé dans l’outrance, Copé qui fait du Copé en somme…

Parce que dans le monde de JFC, tous les coups sont permis pourvu qu’ils favorisent la victoire, et au diable l’élégance et la déontologie, qualités ringardes et inutiles qu’il laisse volontiers à Alain Juppé. Dans le monde de JFC, on ne combat pas à fleuret moucheté, on lui préfère la dague et le poison.

Un JFC grimé en roquet télévisuel qui a tenté de mordre les mollets de François Hollande pendant tout le débat, sans jamais y parvenir réellement. Il est marrant d’ailleurs JFC, c’est le seul chien capable d’enlever sa muselière tout seul. Et en l’espèce, au bout d’une minute, c’était déjà fait.

Mais pour le reste, il est comme tous les autres canidés : quelle que soit la taille de ses dents, il fait là où on lui dit de faire, consciencieusement, méthodiquement. C’est le maître qui décide, en l’occurrence celui de l’Elysée. Et c’est le maître qui choisit la longueur de la laisse, même si JFC aimerait nous faire croire qu’il n’en a pas et qu’il est le seul de la portée UMP à avoir le droit de s’ébrouer dans les champs.

Mais un JFC  qui, « en vérité » (spéciale dédicace), a montré ses limites lors des 2 exercices. 2017 est encore loin et, vraisemblablement, ne se fera jamais. Parce que JFC ne comprend rien. Rien à rien.

Il ne comprend notamment pas que tout le monde en a par dessus la tête de ces politiques suffisants et donneurs de leçons qui passent leur temps à s’invectiver et que ce que recherchent les électeurs, ce sont des dirigeants humbles et proches. Ce qui explique d’ailleurs le succès de François Hollande et le rejet massif du président sortant, davantage sur sa personne et son style que véritablement sur sa politique.

Mais JFC ne l’a toujours pas intégré, qui transforme le débat politique en un combat de coqs. Hier soir, ça se voyait comme le museau au milieu de la figure. JFC, et c’est très bien, est déjà en train de perdre 2017, quand bien même il glanerait l’UMP à l’automne.

Pourquoi ?

Et Copé (très) limité…

– Parce que Jean-François Copé, c’est un bébé Chirac sevré trop tôt, pas assez allaité, et qui n’a donc pas eu le temps d’apprendre les bases.

– Parce que Jean-François Copé, c’est une sorte d’OGM de la politique, mêlant l’arrogance de Baroin, la suffisance de Balladur, la phraséologie de Morano, le cynisme de Sarkozy et tenant sans cesse la posture victimaire de Marine Le Pen pour expliquer que tous les journalistes de la planète sont de gauche [voir la séquence à 3’45]. Même Natacha Polony, suspectée d’être socialiste alors qu’elle écrit dans le Figaro, il faut oser !

– Parce que Jean-François Copé ne peut se construire qu’en opposition, contre l’autre, en l’occurrence en ce moment contre François Hollande, et jamais en propre de manière intrinsèque. Le monde de Jean-François Copé est un monde binaire, fait exclusivement de 0 et de 1, le 0 représentant François Hollande et le 1 Nicolas Sarkozy Jean-François Copé lui-même. De ce point de vue, Jean-François Copé est l’antimatière de la politique, l’antiparticule de François hollande. D’ailleurs, il est anti-tout : anti-Fillon, anti-Bertrand, anti-Wauquiez etc…

– Parce que Jean-François Copé est un peu comme ces pendules oscillants qui reviennent toujours à leur état énergétique initial lorsque vous les écartez de leur position d’équilibre : lui revient toujours à son « point de Hollande », sorte d’attracteur universel du système mécanique de Copé. C’est dangereux, si un jour Hollande arrête la politique, Copé sera automatiquement désarmé.

– Parce que chez Jean-François Copé, ce n’est pas uniquement la langue qui est de bois, c’est toute l’ossature.

– Parce que Jean-François Copé n’est tout simplement pas aussi bon qu’il le pense : on a l’impression que Chirac n’a lancé Copé en politique que pour montrer par effet de contraste à quel point Juppé est brillant et Villepin flamboyant.

– Parce que Jean-François Copé ne sait pas compter : hier, on était encore en 2012, pas en 2017.

– Parce que Jean-François Copé se veut le sociologue le plus brillant de ce début de siècle : la prochaine fois que vous l’écoutez, scrutez le nombre de fois qu’il parle au nom des Français, employant une figure rhétorique éculée pour tenter de nous persuader que la force d’un raisonnement tient au nombre de personnes qui le partagent.

– Parce qu’un type qui est capable de défendre le cumul des mandats et de montrer par la même à quel point il est drogué à l’argent (cf l’épisode des minables à 5000 €/mois) ne vit pas sur la même planète que les électeurs, surtout en ce moment.

Finalement, la seule raison d’avoir peur de Jean-François Copé, c’est d’être acrophobe, c’est-à-dire d’avoir peur de se tenir près du vide.

Jean-François Copé était venu pour montrer sa stature et poser des jalons en vue de la reprise de l’UMP qui sera en liquidation judiciaire cet automne. Il avait presque plus à perdre que François Hollande. En l’espèce, ce qu’il a le plus perdu, c’est son sang-froid. Ça rappelle l’excité de Neuilly, même si le style est différent. En tout cas, ça montre ce qu’est la droite dure décomplexée.

Quoi qu’il en soit, Copé a été hier le meilleur antidote contre le Sarkozysme, grâce lui en soit rendue.

Et pendant ce temps-là, Fillon le malin, Fillon le planqué, attend patiemment et laisse faire…

Mise à jour 17/03/2012 : Jean-François Copé, c’est peut-être finalement Michel Rocard qui en parle le mieux (14/11/2011). Personnellement, je me ramasse ça dans les dents, je ne mets plus le nez dehors pendant 3 mois.

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11 commentaires sur “Jean-François Copé, le Roquet Balboa de l’UMP qui boxe en catégorie gros lourd

  1. Pas mieux! j’ai vraiment passé un bon moment en lisant votre billet, merci.

    En plus il y a quelques perles dont celle là, ma préférée :
    « Jean-François Copé, ce n’est pas la langue qui est de bois, c’est toute l’ossature. »

      • Moi aussi j’ai lu votre commentaire avec un plaisir total, et un seul regret, n’être pas aussi versé dans la réthorique pour pouvoir tenir des propos aussi clairs et percutants! BRAVO!

  2. Pour tout dire, vous m’apportez une sorte de délivrance à ce besoin lancinant qui me dévorait de reprendre mon blog de 2007 pour le même type de post (http://buggin2007.blogs.nouvelobs.com/) au sujet du sbire en question. Amusez-vous bien, et ne m’en tenez pas rigueur, si à bien des égards, et avec malice et délectation, j’ai pris bien des libertés avec l’orthographe et la synthaxe, sans parler de formules alambiquées qui doivent en dire long sur l’état de mon psyche en ces périodes lointaines.

    Je me suis défoulé en ces temps, et si l’envie vous en prends de parcourir le blog, vous y trouverez une ou deux petites merveilles de posts totalement délirants et qui sont sortis quasiment hors contrôle de mon ciboulot, mais aussi du clavier (concernant « le grand » spécialement qui en partant de l’ Elysée, nous a installé aussi le sieur JFC);

    J’avoue que j’étais presque enfievré avec tout ce qui se passait alors. La Pucelle fût ma favorite alors, mais le Sarko avait mon estime (il l’a toujours du reste, mais pour des raisons autres que la politique je vous rassure) et tout compte fait, je considère 5 ans après qu’il aurait pu mieux faire, qu’il a été passable, et qu’en définitive c’est en raison de son égo (lui et moi souffrons de ce mal) et du fait qu’il soit entouré de minables (encore son choix pour que cet égo puisse s’exercer sans entrave), mais je ne me sens pas de lui en faire le procès. Qui sait ce que j’aurais pu faire à sa place?

    Rassurez vous, je suis plutôt porté par ce qu’on appelle La Gauche. Mais celle là me donne depuis bien des années bien des interrogations. A t-elle vraiment existé? Je ne saurais vous dire.

    C’est le premier post que je lis de vous (je vous ai bookmarké déjà) et quelque chose me dit que je vais passer la soirée à parcourir ce blog.

    Je n’aurais certainement pas eu l’élégance de votre style et la finesse de votre démonstration (sans parler de la prose qui transpire de votre post).
    Ce fût une délectation de vous lire.

    Amitiés,

    Tookontan (ou tout content si vous préférez 🙂

  3. Pingback: Quand Jean-François Copé se fera-t-il enfin limer les canines ? | veni vidi blogui

  4. Effectivement, Pulvar l’a atomisé. Moi aussi j’avais assisté à cette émission et vous cernez extrêmement bien la personnalité de ce type, bravo, je viens de découvrir votre blog et j’ai passé un délicieux moment, d’ailleurs je me suis abonnée.

  5. Que c’est bon de lire ce qu’on pense depuis longtemps mais qu’on a pas su exprimer comme vous venez de le faire.
    J’éxècre Copé !

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