Minute de silence de Nicolas Sarkozy après Toulouse, l’instrumentalisation politique ultime

Mardi 20 mars, au lendemain de la tuerie perpétrée dans une école juive de Toulouse et sur décision du chef de l’état, toutes les écoles de France sont invitées à observer une minute de silence en hommage aux trois enfants et au professeur assassinés par Mohamed Merah, ce fou, ce barbare.

En pleine campagne électorale et loin de la suspendre comme il le dit, Nicolas Sarkozy décide de se déplacer au collège-lycée François-Couperin à Paris (IVe arrondissement) en compagnie du valet Chatel et d’une nuée de journalistes pour matérialiser cette consigne, profitant de son statut de président pour absoudre le candidat de ses agissements.

La minute de silence de Sarkozy ou quand des éléments de langage inopérants depuis des semaines se muent en éléments de comportement.

Qu’est-ce qui permet de tirer cette conclusion ? A vrai dire, 4 choses.

1/ La première, c’est la présence de la presse. Une presse qui, par définition pour être présente, doit avoir été prévenue de l’intention du président. Or, quoi de plus intimiste, de plus personnel, de plus introspectif qu’une minute de silence où chacun est appelé à se recueillir comme il l’entend, sans avoir à subir une mise en scène obscène et déplacée juste pour « être sur la photo » ? Dans ces conditions, d’un point de vue déontologique, la présence de la presse était-elle souhaitable ? La réponse est non.

2/ La seconde, c’est la consultation de la galerie du site elysee.fr, avec pas moins de 7 vidéos entre le 19 et le 22 mars, c’est quasiment de l’info en continu.

Galerie vidéo du site elysee.fr

Galerie vidéo du site elysee.fr au 26 mars 2012

Pourquoi ce besoin de référencer cette vidéo sur le site officiel de l’Elysée si ce n’est pour scénariser une nouvelle fois la story-telling d’un président protecteur, digne, grave et enfin à la hauteur de la fonction dans ces circonstances tragiques ? Avec évidemment l’objectif de montrer par effet de contraste la supériorité du candidat sortant sur son challengeur socialiste, relégué au rang de simple faire-valoir et condamné à courir derrière ses talonnettes pour exister.

3/ La troisième, c’est le contenu de la séquence en elle-même. On notera que cette pièce se déroule en 3 actes : primo, le discours de la directrice de l’école; secundo, la minute de silence; tertio, l’allocution du président, exactement et exclusivement ce pour quoi il était venu. Il était en effet inconcevable du point de vue de la communication que ce qui restât au final de ce déplacement, ce qui marquât les esprits des Français, fut le discours d’une sombre inconnue devant un parterre d’élèves réquisitionnés pour l’occasion.

Il fallait donc que le président prenne la parole et on remarquera d’ailleurs avec quelle insistance  il convoite (et donc exige) le micro à la fin de la minute de silence (ah, ce geste d’enfant qui veut absolument qu’on lui prête le jouet…) quand la principale explique que les élèves doivent maintenant rentrer en classe [voir extrait à 2′:45 »]. Cet extrait n’apparaît d’ailleurs pas sur la vidéo du site de l’Élysée où la séquence a été coupée (3′:15 »).

4/ Enfin, la quatrième, c’est la sémantique utilisée par Nicolas Sarkozy lorsqu’il s’adresse aux élèves, dans une allocution éminemment anxiogène où il va réussir à placer les expressions « Ça aurait pu se passer ici », « Il y aurait pu avoir le même assassin », « L’assassin s’est acharné sur une petite fille« . Hallucinant. Et irresponsable.

Mais mots comptent triple.

Informer, responsabiliser et faire prendre conscience est une chose. Traumatiser et convoquer les peurs chez des enfants en est une toute autre. D’ailleurs, dans certaines écoles primaires, on a pu entendre « La minute de silence, c’était pour qu’on se taise et que l’assassin qui était devant notre école ne nous entende pas, pour ne pas qu’il vienne nous tuer »…

Quoi qu’il en soit, tout le monde aura compris qu’il s’agissait pour les spin doctors du président de récupérer cet évènement et de jouer sur les émotions du peuple, notamment la peur. Avec le message subliminal suivant : « Je suis le président qui protège vos enfants ».

Le syndrome Papy Voise est de retour dans la campagne, remettant la tentation sécuritaire au centre du débat. La sécurité dont on sait par ailleurs qu’elle est un marqueur fort de la droite, par opposition à l’angélisme dont l’UMP accuse systématiquement la gauche. Pour qu’il y ait sentiment ou besoin de protection, il faut qu’il y ait menace. On connaît cette chanson ou plutôt cet hymne de la droite.

Mais instrumentaliser un tel évènement, médiatiser une minute de silence… Qui est indigne et indécent dans l’histoire ? Il faudra reposer la question à Jean-François Copé

C’est le comble du cynisme, l’instrumentalisation politique ultime. Après les éléments de langage qui atteignent leur limite car systématiquement décodés, voici l’avènement des éléments de comportement en Sarkozye.

Mais dans comportement, il y a porte. Celle qu’il lui faudra prendre en mai.

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6 commentaires sur “Minute de silence de Nicolas Sarkozy après Toulouse, l’instrumentalisation politique ultime

  1. Tout à fait d’accord avec votre analyse, moi même j’avais du mal à croire mes oreilles tant je trouve absurde et obscène l’attitude du président. Cela me rappelle qu’il était question au début de son mandat, que des petits écoliers portent le deuil des enfants de la shoa, ce qui me fait penser qu’il n’est qu’un ventriloque, une marionnette actionnée pour défendre becs et ongles la même communauté.

  2. Pingback: Lettre ouverte au président du peuple des veaux | veni vidi blogui

  3. Pingback: Dix raisons objectives de ne pas voter Nicolas Sarkozy en 2012 | veni vidi blogui

  4. Pingback: Dix raisons objectives (quoi que…) de ne pas voter Nicolas Sarkozy en 2012 | Résistance Inventerre

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