Affaire Woerth – de Mestre – Bettencourt : grande braderie en Sarkozye

Souvenons-nous, le 31 mars en déplacement à Bastia, François Bayrou déclarait, suite au maintien en détention de l’ex-conseiller financier de Liliane Bettencourt Patrice de Maistre, que cette décision de la cour d’appel de Bordeaux ouvrait « un champ d’inquiétude et de suspicion très grand sur le financement de la campagne 2007 de Nicolas Sarkozy ».

Mardi dernier dans l’émission Des paroles des actes sur France 2, Eva Joly, candidate EELV et ex-juge d’instruction du pôle financier de Paris, déclarait à son tour qu’il existait des « présomptions concordantes et précises » contre Nicolas Sarkozy dans les affaires Bettencourt et Karachi et que c’était une « anomalie de pouvoir solliciter un second mandat alors que vous êtes cerné par des affaires judiciaires et que vous ne vous expliquez pas ».

On concédera que ces 2 déclarations peu amènes à l’égard de Nicolas Sarkozy se ressemblent étrangement sur le fond, bien qu’émanant de personnalités appartenant à des camps politiques bien distincts.

Par ailleurs, un principe général de la physique énonce que les mêmes causes induisent les mêmes effets. On s’attend donc à ce que les mêmes mises en cause induisent les mêmes réponses des « accusés », a fortiori quand elles concernent l’action publique, ce qui est le cas du financement d’une campagne électorale.

Mais ce principe ne s’applique pas en Sarkozye.

Eva Joly la méprisable

Ainsi, dans le second volet de l’émission Des paroles des actes ce mercredi, Nicolas Sarkozy a répondu en ces termes à Eva Joly, préalablement reléguée non pas au rôle de candidate mais d’alliée de Monsieur Hollande« Quand on pense que cette dame, qui viole tous les principes du droit, qui porte des accusations scandaleuses sans aucune preuve était magistrate, ça fait frémir », avant d’ajouter : « Mais sur les ragots, sur la médisance, sur la méchanceté, sur la volonté de détruire et de démolir parce qu’on a rien à dire et que l’on est à trois semaines des élections, permettez-moi de vous opposer le mépris le plus cinglant, pas à vous mais à ce qu’elle a dit » [voir séquence à 11’50 »].

Ça s’appelle une fin de non-recevoir. A tel point qu’on se demande si à l’école de journalisme, on apprend aux futurs interviewers le sens de la répartie, le droit de suite

Quoi qu’il en soit, étonnant d’entendre le chef de l’état, avocat de profession mais inventeur du concept breveté de « présumé coupable » (à propos de Dominique de Villepin dans l’affaire Clearstream) reprocher à Eva Joly de violer tous les principes du droit.

Doublement étonnant même quand on se souvient que celui-ci commenta en direct sur Europe1 l’opération anti-terroriste menée par le GIPN dans la région de Nantes le vendredi 30 mars, au cours de laquelle des membres du groupuscule Forsane Alizza furent placés en garde à vue sous les objectifs attendris des caméras de télévision. Et pourtant, ces opérations sont normalement effectuées dans le plus grand secret pour des raisons évidentes d’efficacité et de sécurité.

Est-il utile de rappeler en outre que lors d’une procédure judiciaire en cours, seul le Parquet est habilité à communiquer sur le fond du dossier. Pourtant, lors de cette émission de radio, Nicolas Sarkozy déclara : « Je peux vous dire qu’un certain nombre d’armes dont des kalachnikovs, ont été saisies », jouant ainsi les « Monsieur Loyal » d’une opération de police anti-terroriste qu’il commenta quasi en direct!

On pourra donc conclure que la candidate EELV n’a pas « violé tous les principes du droit » mais « tous les principes du droit selon Nicolas Sarkozy », ce qui n’est somme toute pas la même chose.

François Bayrou le faiseur de roi

Mais qu’a-t-il répondu à François Bayrou pour cette même mise en cause ? Ou plutôt que lui a-t-il fait répondre par l’intermédiaire d’Alain Juppé dans une interview donnée au Figaro Magazine le 11 avril ? Que François Bayrou pourrait « surement » être premier ministre de Sarkozy…

Le chef de l’état avait d’ailleurs déjà eu l’occasion de répondre à cette accusation de François Bayrou le 5 avril dernier lorsqu’il fut interrogé par Jean-Michel Apathie sur RTL [voir séquence à 6’15 »].

Et que fit-il ? Il éluda la question et se défaussa en demandant finalement au journaliste s’il avait posé les mêmes questions à François Hollande à propos des fédérations socialistes des Bouches-du-Rhône et du Pas-de-Calais. Comme si la délation et la stigmatisation d’un autre rendait sa propre malversation plus acceptable. Une technique sarkozyste bien rodée en tous les cas. Pathétique mais qu’il ressert systématiquement et dont on pourra s’étonner qu’elle annihile toute relance des journalistes, bien peu téméraires dès lors que le chef de l’état hausse le ton.

Et en aucun cas, il ne tança François Bayrou pour la bonne et simple raison que celui-ci, crédité de 10% dans les sondages, fait l’objet de toutes les attentions de la part de l’UMP. François Bayrou est celui qui peut faire basculer l’élection, du moins le croit-on à droite. Alors, il est cajolé, lové, béatifié et il peut dire ce qu’il veut. Et il est même probable qu’il s’en amuse beaucoup.

Finalement, le chef de l’état place donc sa réélection au-dessus de la vérité qu’il doit à son peuple, de sa propre dignité et de la république irréprochable dont il nous a tant rebattu les oreilles.

Comme a pu le dire Ségolène Royal il y a peu, Nicolas Sarkozy se doit d’être réélu afin de ne pas perdre son immunité et de ne pas être inquiété par ces affaires qui se rapprochent dangereusement. Mais n’est-ce pas ce même Nicolas Sarkozy qui fustige le PS et EELV d’avoir passé des accords électoraux en monnayant la fermeture de centrales nucléaires alors que lui-même est en train de brader sa quiétude judiciaire contre un poste à Matignon ?

Décidément, la cohérence chez Nicolas Sarkozy s’arrête aux portes de son propre intérêt.

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2 commentaires sur “Affaire Woerth – de Mestre – Bettencourt : grande braderie en Sarkozye

  1. Pingback: Dix raisons objectives de ne pas voter Sarkozy en 2012 | veni vidi blogui

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