Le courage politique de Nicolas Sarkozy expliqué à mes enfants

Monsieur le candidat de la droite décomplexée,

Ainsi donc, suite au 1er tour de la présidentielle qui vous a placé en finale contre votre adversaire socialiste François Hollande, vous nous et lui proposez 3 débats afin de montrer au monde entier que votre usine à testostérone tourne à plein régime. La bataille du candidat normal contre le candidat hormonal en somme.

Quelle bonne nouvelle. Quand j’ai voulu expliquer à mes deux enfants les raisons et les modalités de l’élection présidentielle, j’ai ainsi pu leur démontrer que les notions de projet, de programme, d’engagement, de propositions, de cohérence, de vision pour le pays etc… n’avaient de fait aucune espèce d’importance car seul compte le combat final où les adversaires se battent jusqu’à l’implosion télévisuelle du plus faible.

Merci donc pour cette leçon de politique qui, pour tout dire, m’a évité d’avoir à leur inculquer ces notions absconses que je ne suis « en réalité » (spéciale dédicace JF Copé) pas très sûr de maîtriser. En lieu et place, je les ai donc collés devant un épisode de Beyblade Métal Masters en leur expliquant que dans votre logique, le gagnant de l’élection devait être celui qui s’agitait le plus et dans tous les sens (votre théorie de la cible mouvante), tournait le plus vite sur lui-même, restait le plus longtemps debout, donnait le plus de coups (bas) possibles et n’hésitait pas, lorsque cela s’avérait nécessaire ou simplement par pur plaisir, à insulter ses adversaires.

Illustration de la campagne de Nicolas Sarkozy

J’ai donc poursuivi ma démonstration en indiquant que c’était là votre définition du courage. Et par extension, que celui ou celle qui ne voulait pas se prêter à ce jeu était un couard. Dans votre exemple, ce couard serait à vous en croire François Hollande.

Ce à quoi le plus jeune (le garçon) m’a répondu : « Ah oui, en fait, Nicolas Sarkozy, c’est L Drago« . N’étant pas spécialiste en toupies (elles ont toutes un nom), je l’ai cru sur parole. Mais l’essentiel était acquis, ils avaient tous deux compris ce qu’était l’élection pour vous, une sorte de combat de coqs où on n’a rien d’intelligent à dire et rien d’autre à faire que de se lustrer les ergots afin de bien prendre la lumière le jour du combat ultime.

Mais la plus âgée (ma fille), qui a oublié d’être conne (désolé pour l’autosatisfaction, c’était pour la formule !) et se tient un peu au fait de la vie politique, m’a aussitôt ramené dans mes 22 en brandissant les arguments suivants :

Question 1 : « Si ce que tu dis est vrai, pourquoi en 2007 n’a-t-il pas proposé 3 débats à Ségolène Royal dans l’entre-deux tours  ? Il avait peur ? »

Alors, je lui ai répondu que ce n’était pas du tout pareil car à l’époque, c’est vous qui étiez en tête dans les intentions de vote (de 6 points, 53% – 47%) et que la situation n’était donc absolument pas comparable. De surcroît, je me souviens très bien que les 3 thèmes sur lesquels vous proposez aujourd’hui un débat (Economique et social / Société / International) pour que François Hollande « ne puisse pas fuir et assume ses responsabilités » n’existaient pas. Les thèmes centraux de campagne étaient de mémoire « Mon fils Jean peut-il présider l’EPAD ?« , « Cécilia aimera-t-elle les desserts du Fouquet’s ? » et « Tante Liliane a-t-elle fait le dernier virement ?« . Donc, rien à voir. A conjoncture politique différente règles différentes.

Question 2 : « Et pourquoi, toujours en 2007 et toujours dans l’entre-deux tours, a-t-il refusé le débat que lui proposait le 3e François Bayrou alors que Ségolène Royal l’avait accepté (et que ce débat annexe avait bien eu lieu) ? Il avait peur ? »

Là, je lui ai encore répondu que ce n’était pas pareil car selon nos usages, on n’a pas à débattre avec le 3e quand les Français ont arrêté leur choix sur les 2 finalistes. Et j’ai surenchéri en arguant que c’est comme dans The Voice. Là, elle a percuté et en a accepté le principe. C’est très important de donner aux enfants des images mentales proches de leur univers pour qu’ils fassent eux-mêmes les parallèles.

Question 3 : « Oui mais en 2012, début avril juste avant le 1er tour, pourquoi a-t-il refusé de débattre avec les autres candidats, notamment Marine Le Pen, sur France 2 ? Il avait peur ? »

Là, je lui ai dit d’arrêter son procès en poltronnerie à votre endroit, que vous ne pouviez certainement pas être lâche car sinon, pourquoi passeriez-vous le plus clair de votre temps à claironner le contraire ? C’est bien une preuve ça non ? Mais comme elle a de la suite dans les idées, ensuite elle m’a dit :

Question 4 : « Oui mais pourquoi il ne va pas débattre avec les syndicats d’ArcelorMittal de Florange ? Il a peur ? »

Ce à quoi j’ai été obligé de répondre que non, pas du tout, mais c’est parce que vous n’aimez pas les syndicats : vous pensez dès lors ne pas avoir à discuter avec eux car ce sont des corps intermédiaires qui ne sont là que pour vous contrer, donc par définition, pas de débat possible avec eux. Et oui, c’est pourtant logique, évident, binaire. Je dirais même que c’est le prérequis fondamental pour pouvoir discuter avec vous : être en phase avec vos idées. Parfois ma fille est vraiment têtue, ça vient de sa mère. La preuve, elle a posé une autre question.

Question 5 : « Oui mais pourquoi il s’est décommandé en dernière minute jeudi 5 avril au forum sur les femmes organisé à Sciences Po par le magazine Elle alors qu’il avait l’occasion de débattre avec les étudiants. Il a eu peur ? »

Là, je lui ai indiqué que c’est parce qu’il y avait une centaine d’étudiants qui vous étaient hostiles et qui vociféraient tellement que « les conditions de votre sécurité n’étaient pas réunies ».  Ben oui, les terroristes comme M. Merah, on sait gérer, mais pas les étudiants car on ne sait jamais ce qu’ils vont inventer. Alors, un 2e Bayonne, pas question !

Bref, j’ai bien senti qu’elle mettait en doute votre COHÉRENCE INTELLECTUELLE et votre COURAGE qu’elle suspectait d’être à géométrie et conjoncture variables, et qu’elle pensait que tout ceci n’était que vulgaire manipulation pour jeter l’opprobre sur le candidat socialiste. Par exemple parce que vous n’avez plus rien à perdre et tout à gagner d’un faux-pas de votre adversaire. Alors 3 faux-pas d’affilée, pensez donc…

Or, je ne l’ai pas éduquée pour avoir un esprit si critique : dans la vie, il faut obéir et croire ce que nous disent les gens qui nous veulent du bien. Finalement, elle a eu le droit à une bonne fessée, est allée se coucher sans manger et sans regarder Grand Galop, ça lui apprendra à ne pas croire aux éléments de langage de la majorité qui sont pourtant la base de notre démocratie…

Bien à vous Monsieur le Président. Et encore merci pour cette leçon. Vous êtes décidément impayable, on vous regrettera… mais pas chez moi.

Sinon, une idée qui me vient comme ça : pourquoi pas 3 débats plus ciblés (puisqu’il parait que c’est ouvert ) ?
1/ Tante Liliane (économique et social)
2/ Karachi (société)
3/ Kadhafi & fils (politique internationale)

PS : n’oubliez pas vos mocassins à glands (c’est-à-dire vos chaussures à l’effigie de F. Lefebvre, X. Bertrand, N. Morano, L. Chatel, F. Baroin, L. Wauquiez, NKM etc) lors de votre déménagement du palais de l’Elysée, à mettre dans le même carton que les talonnettes.

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6 commentaires sur “Le courage politique de Nicolas Sarkozy expliqué à mes enfants

  1. Sans que rien soit formellement écrit dans la constitution ou dans un quelconque texte de loi, l’habitude sous la cinquième république est que se tienne entre les deux tours de l’élection présidentielle un seul débat entre les deux finalistes. Bien sûr, ce n’est pas, je le répète, une règle formelle, c’est la coutume… et tout le monde l’accepte.
    Tout le monde, sauf un marmot immature (et ses camarades), le cancre du fond de la classe, celui qui a fait exploser la dette et qui a multiplié le chômage par 2.
    Il est en difficulté à l’issue du premier tour, alors il veut changer la façon de jouer, pour essayer de faire tourner les choses à son avantage.
    Mais, me direz-vous, en quoi est-ce que cela l’avantagerait qu’il y ait trois débats et non deux?
    La réponse est contenue dans celle que lui a faite François Hollande : « Il y aura un seul débat, et il durera LE TEMPS QU’IL FAUDRA ».
    C’est bien là ce que redoute le sarko !
    La durée du débat joue en sa défaveur… la raison en est strictement médicale.
    Ce n’est un secret pour personne que notre agité monarque avait pris, avant le débat qui l’a opposé à Ségolène Royal en 2007, des tranquillisants qui l’ont effectivement fait paraître plus posé qu’il n’est réellement. Mieux, il a même réussi à faire sortir SR de ses gonds (« Non, je ne suis pas énervée, je suis en colère ») avec son air narquois et une immobilité dont il est si peu coutumier.
    Les tranquillisants de notre bouillonnant roitelet sont probablement taillés sur mesure (des sarkoleptiques?) ce qui expliquerait qu’ils n’aient pas reçu d’autorisation de mise sur le marché. Mais, probablement assez forts, ils n’ont peut être pas une action suffisamment longue pour lui permettre de tenir toute la durée d’un « long » débat.
    J’ignore si au bout d’un moment le sarko s’endort ou s’il grimpe au plafond, mais dans un cas comme dans l’autre, ça risque de nuire à son image de présidentiable.
    Pour ma part, je suis favorable à la tenue d’UN SEUL DÉBAT !

  2. Bonjour Derdrie,

    Le verdic des urnes est tombé et ça semble tout de même assez implicite qu’il y ait une réelle volonté d’éconduire le Sarko.

    Cette éventualité, bien que réelle (du moins telle que semblent l’indiquer l’état des votes et de l’opinion en général), n’en indique pas moins que l’artiste disposerait toutefois d’un socle (cf. ses résultats) sur lequel, vous pouvez le croire, il ne manquera de s’arcbouter.

    Resterait alors à retourner la situation en sa faveur! Et ceci n’est (et ne sera pas) un mince affaire.

    Le triomphe de Madame Le Pen n’est pas surprenant!
    Seuls semblent être pris au dépourvu ce salmigondis médiatico-politique épouvantable, qui, finit toujours par retomber sur ses pattes, se mouler dans l’ornière des nouveaux maîtres quels qu’ils puissent être, et, en fin de compte, bouffe à tous les rateliers (vous verrez lors des législatives qui s’annoncent bien truculentes).

    Toutefois, tout laisse à croire que la portée UMP (et principalement ses pires avatars, au verbe si aiguisés) pourraient bien être celle qui lui aura porté finalement l’ultime estocade en cas de défaite.

    Il n’y a qu’à les voir s’exprimer depuis l’annonce des résultats sur toutes les ondes, tous les journaux et partout où ils aient quelque chance de pouvoir vociférer.
    Pauvre Sarko 🙂 , jamais maître n’aura été tant desservi par ses ouialles.

    Que restera t-il alors qui puisse toutefois lui donner cet ultime élan pour espérer pouvoir l’emporter lors du scrutin du 6 Mai?
    A vrai dire, rien d’autre que les ultimes ressorts dont (je pense) constituent et composent son personnage politique: un bagout phénoménal, une énergie sans bornes, une âpreté au combat.

    Mais alors, pourrait-on dire, l’enjeu ne se situerait qu’à ce niveau? Une affaire de personnalité? De posture? Oui et Non!
    Verdic dans les urnes le 6 Mai.

    PS: le nouvelobs s’est finalement résolu à désactiver mon blog. Je n’avais du reste aucune intention d’y ajouter quoique ce soit (en dépit de la tentation pressante d’allumer le JFC), tant il m’est apparu clair que des plumes tout aussi bien acèrées comme la vôtre et bien d’autres sur cette auberge espagnole qu’est le web, faisaient le job, et de quelle belle manière.

    Amitiés

    Tookontan

    • Bonsoir Tookontan,

      Oui, déjà une bonne chose de faite. C’est cuit pour le sortant, il ne réussira pas l’impossible grand écart entre les voix du FN qu’il est obligé de continuer à draguer et celles du Centre qu’il va, par effet de levier, repousser.

      Cette fois, il n’arrivera pas, malgré son talent de bretteur, à renverser la table, il n’a aucune dynamique pour le faire.

      Et ses sbires, comme vous le dites, sont en dessous de tout. J’ai vu hier XB, JFC, NKM, au secours. Pathétique. Toujours aussi arrogants et dans le déni. A force de vendre son âme au diable, NKM précisément est en train de tout perdre.

      Maintenant, sur ce champ de ruines, on devrait voir émerger Bayrou côté droite humaniste modérée et pour la prise de pouvoir de l’autre côté du champ, une bataille M. Le Pen vs JF Copé qui va valoir son pesant de cacahuètes, du pur bonheur sadique pour moi !

      Amitiés

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