Syndrome de Stockholm en Sarkozye

Au lendemain de la défaite de Nicolas Sarkozy à la présidentielle, il ne fallait pas être grand clerc pour deviner que les guerres de sécession et succession allaient bientôt irradier l’horizon politique de l’UMP. Un congrès national prévu à l’automne aiguise forcément les appétits de ceux qui furent à la diète décisionnaire pendant 5 ans, ministres, députés ou conseillers victimes d’un omni-président à la fois entraîneur et castrateur. Un entraîneur qui après l’élection de 2007 avait néanmoins fait perdre à la droite tous ses titres nationaux ou locaux en 5 ans, du jamais vu.

Avant lui, ils n’étaient rien. A cause de lui et de sa campagne d’égoutiers, ils ne sont de nouveau plus rien. Malgré ça, on n’a quasiment pas entendu une seule dissonance ou l’expression directe d’une rancœur à son endroit. Tout juste a-t-on entendu ce ressentiment se manifester à l’encontre du gourou Patrick Buisson (NKM, Roselyne Bachelot, Chantal Jouanno), accusé de la dérive ultra-droitière qui aurait coûté la victoire à son camp. C’est oublier un peu vite que le président avait tout pouvoir de dire non s’il n’avait pas été d’accord avec les orientations de campagne prescrites par le docteur Buisson. Pourtant, il n’en fit rien, poussant chaque jour le bouchon idéologique un peu plus loin, se perdant dans les marigots du Front National et ajoutant le déshonneur à la défaite.

Et donc pas une voix de la majorité ne s’est élevée pour stigmatiser ce président habillé en Narcisse qui les avaient pris en otage de son programme insane et qui, par orgueil et fatuité, les avait emmenés dans le mur.

Manifestation dévoyée du syndrome de Stockholm en réalité. Sentiments mêlés, de peur, de gratitude, d’admiration et d’empathie pour celui qui les avait faits, parfois de toutes pièces, et leur avait permis de briller malgré leur médiocrité.

Alors aujourd’hui, la simple évocation du mot droit d’inventaire est taboue à l’UMP. Pas question de remettre en cause le bilan (un bilan saharien !), la stratégie globale, les idées ou le programme (fantôme) du président sorti dont on persiste à croire, ou dont on fait mine de croire, qu’ils étaient les bons. Tellement bons qu’il s’est fait battre par un « candidat normal », un « mou », un « nul », un type qu’il devait atomiser au cours de 3 débats de l’entre-deux tours. En l’occurrence, un seul aura suffi à François Hollande pour éparpiller le fanfaron sortant.

Pourquoi Sarkozy a-t-il perdu ?

Parmi les raisons de sa défaite, la droite évoque pêle-mêle la violence inouïe et sans précédent de la crise, l’anti-Sarkozysme primaire de la gauche, l’appétence irrépressible du peuple Français pour l’alternance, l’influence complotiste des médias (qui, c’est bien connu, sont tous de gauche en France) ou encore les frasques de Cécilia… Tout juste concède-t-elle que le style ou la personnalité du roi ont pu choquer ou n’ont pas été compris par ses sujets. Un problème de communication, ni plus ni moins. Et en tout état de cause, rien à voir avec le Sarkozy girouette idéologique qui puisa ses idées dans les sondages d’opinion lorsqu’il ne les trouvait plus dans le caniveau, ou le Sarkozy Pinocchio multirécidiviste pour qui les mensonges proférés de manière pathologique au cours de la campagne tinrent lieu de doxa.

Pathétique manque de discernement, d’intelligence politique ou de courage de ces courtisans qui n’ont jamais osé défier le monarque et lui ont caché la réalité du terrain. Sarkozy dans une bulle, c’était toute la majorité qui allait bientôt être sous perfusion.

La vérité est que même la chèvre de Monsieur Seguin (pas Philippe) aurait battu Nicolas Sarkozy en 2012 puisque ce dernier a perdu sa réélection le soir même de son élection de 2007 en allant se pavaner au Fouquet’s pour fêter son hold-up. Tout ce qu’il a fait ou pas fait ensuite n’aura eu aucune importance. Le peuple floué a répudié ce roi flouté qui s’échina pourtant à dire qu’il avait changé, qu’il avait compris, qu’il avait fait acte de contrition et qu’il serait un président différent. En vain. Il faut croire que le peuple qu’il prétendait représenter en éradiquant les élites n’est pas si bête. Malheureusement pour lui et sa cour.

Un credo à droite : tous Sarkozy-compatibles !

Aujourd’hui, deux tendances entendent prospérer sur les vestiges de la maison Sarkozy : il y a en premier lieu ceux qui prennent plus ou moins leurs distances mais en veillant à ne jamais vilipender le président sorti (comment le pourraient-ils d’ailleurs quand la plupart d’entre eux ont fait partie du gouvernement). Parmi ces kamikazes à la petite semaine, on retrouve Jean-François Copé, François Fillon, Bruno Le Maire et Nathalie Kosciusko-Morizet, tous candidats à la présidence de l’UMP, chacun ayant a sa façon fait savoir qu’il avait discuté, échangé, téléphoné au président ou qu’il avait avec lui un « lien singulier ». Il ne faut pas s’attirer les foudres du roi car le roi a conservé tout son pouvoir de nuisance.

Et puis, il y a ceux qui revendiquent directement l’héritage du Sarkozysme, dont il faudra d’ailleurs un jour m’expliquer en quoi il consiste tant il est patent que le Sarkozysme était avant tout… Sarkozy lui-même. Dans ces conditions, Sarkozy défait, que reste-t-il de sa doctrine ? Ceux-là se situent plutôt dans la catégorie bâtisseurs de l’extrême, tentant de reconstruire des courants ou des motions sur des ruines sans fondations. Ça confine presque à l’archéologie.

Après la défaite aux présidentielles, Jean-François Copé satura d’emblée les écrans radars médiatiques, persuadé que assiduité rime avec légitimité. En fait, ça rime aussi avec calamité, inanité, vacuité, stérilité et hilarité. Peu importe, le ridicule à l’UMP ayant de toute façon été préempté par Nadine Morano, rien ne l’empêchera de présenter sa candidature à sa propre succession en cette fin de semaine malgré la débâcle des législatives qu’il mena dans la droite lignée de la campagne présidentielle (succession est un abus de langage, il n’est actuellement pas président, poste gelé depuis 5 ans, mais secrétaire général).

Evidemment, François Fillon a de son côté décidé de sortir du formol dans lequel l’ex-président l’avait plongé durant 5 longues années, lui son zélé « collaborateur ». François la chenille enfin libérée de son cocon est donc en passe de devenir Fillon le papillon, en ayant annoncé il y a un mois qu’il briguait lui aussi le poste que Jean-François Copé estimait pourtant lui revenir de droit, par tacite reconduction. Crime de lèse majesté. Il n’en fallait pas plus pour rouvrir les plaies encore sanguinolentes entre les deux caciques.

Très récemment, Bruno Le Maire s’est également émancipé avec l’enjouement et la gaieté naturelle qui caractérisent chacune de ses apparitions publiques. Bruno Le Maire, homme de droite respectable (oui, ça existe), semble néanmoins avoir l’austérité inscrite dans son génome. Un côté un peu mormon neurasthénique qui rappelle Jospin ou Fillon. Alors que Sarkozy rêvait de renverser la table, nous, on rêverait simplement de voir Le Maire monter dessus. Mais il faut lui reconnaître un double mérite : celui de redorer l’image de cette UMP qui avait établi ses quartiers de campagne – présidentielle – dans le caniveau et celui de privilégier les débats d’idées aux duels d’égos.

Nathalie Kosciusko-Morizet, elle, se déclare « totalement sarkozyste », à tel point qu’elle a calé le nom de son courant, « La France droite« , sur le slogan de campagne de Sarkozy, « La France Forte« . On est à la limite du plagiat. Une NKM qui a fait la tournée des plages pour recueillir les parrainages indispensables à sa candidature à la présidence de l’UMP à bord de sa voiture, la « NKM-mobile ». Voiture que l’ancienne ministre aurait dû à l’évidence équiper d’un GPS tant elle peine à trouver sa route : porte-parole du candidat Sarkozy, elle a passé son temps à avaler les couleuvres de Guéant et Buisson ou celles de Fessenheim et n’a jamais réussi à résoudre l’inadéquation entre sa fonction et ses propres idées. Un porte-parolat mortifère qui n’a fait que brouiller son image et mettre à jour son côté arrogant, hautain et cassant. A vouloir brûler les étapes, on se brûle surtout les ailes.

Et puis il y a dans le 2e chapeau les « Laurel et Hardy » locaux, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, trentenaires opportunistes et aux idées aussi courtes que le nom de leur courant « La Droite Forte« . Avec là aussi, l’héritage Sarkozyste porté en bandoulière. Guillaume Peltier, ex-porte-parole adjoint de campagne : le côté face de Patrick Buisson, pas moins venimeux, simplement plus télégénique; et Geoffroy Didier, cornaqué par Brice Hortefeux et connu – uniquement – pour ses diatribes répétées à l’encontre d’Audrey Pulvar. Peu réputés pour la puissance de leur raisonnement, on peut néanmoins leur concéder le côté gendre idéal qui charmera la ménagère de TF1. Des Copé ou des Morano mais en plus présentables. Mais surtout deux chérubins élevés dans la nurserie Sarkozy et qui lui serviront de sous-marins (jaunes ou bruns… ?).

Geoffroy Didier, conseiller régional d'Ile-de-France, et Guillaume Peltier, secrétaire national de l'UMP, lancent le mouvement "la Droite forte".

Enfin, last but not least,  l’association « Les Amis de Nicolas Sarkozy » dont le but est de « défendre l’action réformatrice de l’ancien président de la République ». Eux ne se trouvent pas dans ce 2e chapeau, ils SONT ce 2e chapeau. En premier de cordée, Christian Estrosi, qui profitera de ce tremplin pour poser lui aussi sa candidature à la présidence de l’UMP mais également Claude Guéant, Brice Hortefeux, Nadine Morano, Alain Joyandet, Xavier Bertrand, Pierre Charon etc. Que des esthètes en somme…
Sur le site internet éponyme, site à la gloire posthume du héros, on peut notamment lire qu’ « Un jour, l’Histoire rendra justice à Nicolas Sarkozy ». L’histoire se serait-elle donc trompée en congédiant Sarkozy ? Le peuple souverain mais trop con aurait-il mal voté ? Vivement la monarchie élective !

Quoi qu’il en soit, il existe une constante dans ce mouvement brownien de l’ex-majorité : son tropisme hallucinant envers un chef déchu, qui ne fait que souligner par effet de contraste l’indigence actuelle de ses lieutenants. Et pourtant Nicolas Sarkozy, bien que chef de l’état ne fut pas un homme d’état, il n’a jamais enfilé le costume. Les clivages répétés qu’il a imprimés lors de la campagne, coupant la France en deux en N, tout en étant président en exercice, en sont la parfaite illustration. Ça laisse perplexe quant au niveau des autres.

Et évidemment, il reviendra…

Aujourd’hui, Nicolas Sarkozy est donc l’égal de Giscard, un président loser n’ayant pas réussi à se faire réélire, battu par un socialiste auquel il ne voulait même pas se comparer tant il s’estimait supérieur.

Connaissant le personnage, qui peut penser une seule seconde qu’il se satisfera de cet état de fait ? Qui peut douter qu’il voudra être le premier président de l’Histoire à se faire réélire sur deux mandats NON consécutifs ?

Et il pourra l’être à deux conditions : que la gauche se plante et que la droite se déchire. Afin qu’il devienne un recours. Tout ce qui est fait depuis le 06 mai au soir, y compris (surtout) sa disparition médiatique, ne l’est que dans cette optique. Et il suffit de réécouter son discours au soir de cette défaite pour s’en convaincre : bien trop de fair-play pour une brute politique de son acabit…

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3 commentaires sur “Syndrome de Stockholm en Sarkozye

  1. Derdrie,

    Brillantissime post et surtout, quel souffle!!!

    Du pur délice (en dépit de ma légendaire et quelque peu (in)oxydable indulgence pour l’Artiste.

    Tous les deux, nous savons que l’animal n’a pas dit son dernier mot, et quelque part, vous mettez en évidence bien des signes que la meute elle même reste perplexe quant à ses intentions (ultimes?).

    J’adore la photo qui illustre le sujet de ce poste, car à elle seule, elle exprime ce qu’a pu, aurait pu et pourrait être la poursuite de cette aventure qui aura durée bien 17 ans au bas mot, lorsqu’on y ajoute les magistères du « Grand ».

    Tonton disait à son sujet qu’il avait bien des qualités (et ajoutait presque malicieusement qu’il aurait souhaité qu’elles puissent s’appliquer au bon endroit).

    Pourtant, j’ai beau cherché dans sa vie et carrière publique, et mis à part le fait (presque gaullien) de nous avoir épargné l’aventure irakienne, je n’ai rien trouvé d’autre que de nous avoir installé une caste d’aventuriers en politique et de quasi repris de justice, qui n’auraient certainement pas fait carrière dans une entreprise privée digne de ce nom.

    Où sont aujourd’hui les Alain Carrignon, Michel Noir, François Léotard, Alain Madelin,…, qu’on nous présentait jadis comme la génération d’après?

    Car ce sont eux (bien que moins nazes à bien des égards) qui ont préfiguré les morfalous d’aujourd’hui (JFC, XB, BLM, NKM, NM, …, et n’oublions pas Frédo le cancre de la portée).

    Et dire que l’Artiste a pu en faire des ministres de la république. C’est pas sorcier en fait de comprendre les raisons pour lesquelles, notre grand pays n’a presque plus voix au chapitre dès qu’il s’agit de choses sérieuses désormais.

    Dans la foulée de ces presque deux décennies, ils auront au moins réussi une chose et une seule: abrutir nos concitoyens dans des proportions inouïes et institué un nauséabond salmigondis politico-médiatique où tout le monde se tient par la barbichette.

    Même BHL revendique aujourd’hui une stature politique et trouve rien de moins normal que de patauger dans notre marécage diplomatico-poltique, lui dont la pensée et les écrits dans la discipline dont il se revendique, se font attendre depuis déjà bien des décennies.

    Pour faire court, je ne ferais pas le pari « France » pour ces temps qui s’annoncent bien cauchemardesques.

    Je souhaite bien du plaisir à F. Hollande, car d’avoir voulu (et finalement réussi à) être Chef de l’Etat, me laisse sans voix.

    Ce post fût un ravissement et sa lecture un délice!
    Ravi de vous revoir aux avant-postes (et croyez moi, beaucoup de vos lecteurs devaient se demander si par extraordinaire on vous relira de sitôt avec cette plume et ce ton qui caractérisent vos billets).

    Amitiés,

    • Bonjour Tookontan et merci de votre indulgence… à mon égard ! 🙂
      Merci également du temps que vous consacrez à chaque fois à illustrer les billets de ce blog, vos compléments d’analyse étant toujours pertinents et réellement informatifs.
      Amitiés

  2. Pingback: Jean François Copé, mutant chiraquien égaré en Sarkozye | veni vidi blogui

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