Jean François Copé, mutant chiraquien égaré en Sarkozye

Jean François Copé a donc officialisé sa candidature à la présidence de l’UMP dimanche 25 août à Châteaurenard. Un show à l’Américaine contrastant avec le côté fête champêtre de Fillon au même moment : 2000 partisans chauffés à blanc; les députés Lionnel Luca et Thierry Mariani venus en voisins, y compris idéologiques, rassurer définitivement l’électeur frontiste frondeur. Et dans un coin, la photocopieuse à parrainages, pour ceux qui veulent franchir ce nouveau pont d’Arcole avec l’ami Jean François.

Une démonstration de puissance pour celui qui, en qualité de secrétaire général, continue d’utiliser l’appareil en foulant aux pieds les règles les plus élémentaires de l’équité démocratique. Il faut dire qu’il a été à bonne école pendant la présidentielle.

Copé en quête de son brevet de Sarkozysme

Laissant croire depuis des jours qu’il a le soutien indéfectible et la préférence (nationale) de Nicolas Sarkozy, et s’inscrivant de fait comme son légataire universel, son discours fût une caricature de ce que proposa le président déchu lors de la campagne présidentielle : brutal, clivant, démagogique, mégalomane, surfant sur des thématiques ultra-droitières comme l’immigration, la nation, la sécurité ou l’assistanat. Avec évidemment cette pointe d’arrogance et de condescendance sans lesquelles Jean François Copé ne serait pas Jean François Copé. Chacun ses marqueurs.

La fusée Copé, chargée au kérosène Sarkozy, entend, par cette entrée en campagne tonitruante, basculer en orbite. Mais aura-t-il le destin de Neil Armstrong ou de Lance Armstrong ?

Candidat beaucoup moins complexe que la droite décomplexée et multi-sensibilités qu’il prétend incarner, Jean François Copé, clone clanique de Sarkozy, démontre donc encore une fois qu’il ne peut exister seul : soit il s’inscrit contre quelqu’un (François Hollande), soit il s’inscrit derrière quelqu’un, mais jamais il ne navigue en autarcie. Jean François Copé, anti-particule de François Hollande, vient de particulariser sa sujétion à Nicolas Sarkozy.

Drôle de calcul pour un responsable politique qui nous abreuve sans cesse de son volontarisme, de son courage, de son goût pour le combat ou de son audace. A trop vouloir mettre ses pas dans ceux de Sarkozy, il prend le risque de passer pour un vulgaire serviteur, un exécutant ou un caporal, alors même que l’UMP cherche un nouveau général.

Cherchant à montrer en creux que François Fillon renie ses années sarkozystes, Copé montre au contraire à quel point lui ne réussit pas à s’en détacher. Comme Nadine Morano, Claude Guéant, Christian Estrosi ou Brice Hortefeux. Pas pire. Mais surtout, pas mieux.

C’est en l’occurrence le manque de rupture entre Sarkozy et Copé qui interpelle : on sait qu’à chaque présidentielle, prime est donnée au candidat qui apporte une singularité de style et dépoussière l’existant (la rhétorique, le côté tribunitien ou simplement la personnalité) : Olivier Besancenot en 2002, Sarkozy lui-même en 2007, Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen en 2012. Mais en l’espèce, Copé veut plagier le style Sarkozy, alors que c’est justement ce style qui a été sanctionné. Le Sarkozysme porte en lui son propre antidote mais Copé ne l’a toujours pas compris.

Alors, on se demande surtout ce que ce pur produit de la Chiraquie (porte-parole des gouvernements Raffarin I, II et III puis du gouvernement de Dominique de Villepin; sous-ministre à l’intérieur puis au budget de 2004 à 2007) vient faire dans la meute sarkozyste, même s’il ne fait pas partie des adorateurs officiels qui organisent les marches funéraires en hommage au défunt.

L’opportunisme comme vertu cardinale

Chacun se rappelle que Sarkozy a conquis le pouvoir avec sa garde rapprochée (les fidèles cités ci-dessus plus quelques autres comme Alain Joyandet, Roger Karoutchi, Patrick Devedjian, Yves Jégo, Frédéric Lefevbre) mais que peu à peu, ceux-ci ont été évincés au profit notamment de Chiraquiens historiques. Ce fut le cas à l’automne 2010 quand les mousquetaires Copé, Baroin, Le Maire, Jacob, Précresse ou encore Alain Juppé rentrèrent au gouvernement ou prirent les rênes de l’UMP (secrétariat général pour Copé, présidence du groupe à l’assemblée pour Jacob).

Très critique jusqu’à 2010, Copé se fit soudain plus conciliant à l’égard du président Sarkozy. Le maire de Meaux n’est donc pas, même s’il le déclame maintenant sur tous les tons et tous les toits, un proche de Sarkozy. Il est juste un mutant converti par pur calcul politique.

Pourquoi cette alliance ?

Les questions qui se posent maintenant à l’aune de ce pacte de non-agression entre Copé et Sarkozy, et sachant que le second piaffe de pouvoir être le recours de 2017, sont multiples :

– A l’évidence, ces deux-là se ressemblent : même ambition démesurée, même complexe de supériorité, même brutalité, même absence de déontologie, même goût pour le combat, même excès de testostérone. Des chefs de guerre plutôt que des patriarches. Partant de là, il est surprenant que le fils n’essaie pas de tuer le père et que le père n’essaie pas de couper les vivres au fils. Deux renards dans un même poulailler, c’est un (ou deux !) de trop. Pourquoi Sarkozy laisse-t-il Copé prendre son envol ? Pense-t-il la même chose que Michel Rocard de son « ami de 2 ans » ?

– Se pourrait-il que Sarkozy ait intérêt à voir Copé s’approprier l’UMP parce que celui-ci, pur candidat du système politico-financier dopé à l’argent, pourra être une digue fiable et efficiente contre les marées judiciaires qui s’annoncent (affaire Karachi – financement de la campagne de Balladur en 1995, affaires Khadafi et Bettencourt – financement de sa propre campagne de 2007) ? Ou, posé autrement, François Fillon aurait-il le même dévouement dans pareille situation ? Rien n’est moins sûr.

– Pourquoi les Sarkozystes ont-ils créé la Droite forte qui va théoriquement concurrencer et affaiblir la Droite populaire (ce collectif parlementaire des poètes disparates L. Luca, C. Vanneste, T. Mariani, E. Raoult, J. Myard, M. Joissains-Masini, B. Barège etc, qui a déjà perdu la moitié de ses plumes aux dernières législatives), éminemment favorable à Copé ? Les angelots  d’apparence Guillaume Peltier (un proche de Patrick Buisson) et Geoffroy Didier (piloté par Brice Hortefeux) qui se revendiquent clairement de la doctrine sarkozyste et déposeront une motion au congrès cet automne, ont toutes les chances de dépouiller les hommes et femmes de Cromagnon de cette droite brune, qu’ils finiront par phagocyter ou éradiquer. La dédiabolisation est en marche, Marine Le Pen a fait école. Copé perdra là de fidèles soutiens (en même temps, des soutiens comme ça…) et Sarkozy reprendra la main sur l’aile droitière du parti.

– L’équipe des mousquetaires à implosé : Alors que Christian Jacob et Luc Chatel soutiennent Jean-François Copé, Bruno Le Maire est lui aussi candidat, Valérie Pécresse a intégré l’équipe de François Fillon et François Baroin ne s’est pas encore prononcé. Une fois l’élection automnale passée, que restera-t-il de ce pacte des loups ?

– 20 ans après, l’UMP n’est-elle pas en train de rejouer la guerre Chirac-Balladur de 1995 ? Car dans le monde de Jean-François Copé, on ne combat pas longtemps à fleuret moucheté, on lui préfère la dague et le poison. Et dans ce registre, le clan sarkozyste n’a de leçons à recevoir de personne. Combien de temps accepteront-ils ce braqueur ?

Enfin, chacun aura noté la sémantique utilisée par Copé lorsqu’à la question « Souhaitez-vous le retour de Nicolas Sarkozy » (hier au journal de France 2), il répond « Quelle que soit la décision qu’il prendra, je serai à ses côtés« . Il ne sera pas devant, ni derrière mais à ses côtés. Personne, et c’est volontaire, n’a compris ce que ça veut dire. Il est surtout à côté de la plaque. La MCOLB (Maison Copé à Ossature Langue de Bois) a rouvert ses portes. Portes que sa stratégie de suivisme lui impose de maintenir ouvertes à Sarkozy le cas échéant, sous peine de se voir taxer de déloyauté. D’ailleurs, il ne parle plus de la présidentielle de 2017 mais des municipales de 2014.

Qu’est ce qu’il est prudent ce Jean-François Copé, on dirait qu’il est coaché par François Fillon…

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Un commentaire sur “Jean François Copé, mutant chiraquien égaré en Sarkozye

  1. Bonsoir Derdrie,

    Bien vu cher ami,  »… Quelle que soit la décision qu’il prendra, je serai à ses côtés ».

    Et puis quoi encore, abruti?
    Et de toutes manieres, l’Artiste le meprise (et cet abruti le sait figurez-vous).

     » Bougredane et Bougredandouille ne font qu’un ».
    Un vrai cirque cette troupe d’empaphes, claironnant des aneries crasses et surtout victimes d’un vrai tropisme: celui des mutants.

    Sortons vite les mouchoirs (encore qu’il n’est ecrit nulle part qu’il va falloir en rire ou en pleurer).

    Quant a Fillon, je demande a voir, car Seguiniste il pretendit etre, mais pour le  »Grand » il a plutot souvent roule, avant de se voir congedier sans menagement.

    Un type qui fit de son evicion du gouvernement un cas personel (allant jusqu’a des gemissements publics), puis qui se retrouva (a juste titre comme l’avait indelicatement confesse l’Artiste) en collaborateur docile pendant tout un magistere, ca ne presage pas d’un niveau  »acceptable » de testosterone pour jouer de la partie.
    Mais je consens (sans grande conviction) qu’il pourrait se reveler assez manoeuvrier, pour autant qu’il realise une fois pour toutes que le JFC, tout bretteur de foire qu’il est, n’en pas une once de cervelle, et que son pretendu  »destin national » est somme toute simplement une vue de l’esprit.

    Puisque je vous dis que le JFC ne vaut pas un clou. Allez savoir chez ces guignols.

    Amities,

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