Moi président de la République, je restaurerai une communication normale

Valérie Pécresse a déclaré il y a quelques jours que le Sarkozysme n’était pas une idéologie. On ne peut certes que lui donner raison : c’est plutôt une gabegie. Ou une allergie…

Le pays n’en est pas sorti indemne. Même si les historiens de la Sarkozye s’échinent actuellement à réécrire le conte, le bilan, y compris comptable, est, lui, sans appel : explosion de la dette et du chômage (les maths sont taquines), accroissement des inégalités, destruction de l’école républicaine, ouvertures de débats sociétaux nauséabonds, aggravation de l’injustice fiscale, multiplication des passerelles entre pouvoir politique et puissance financière, mise en coupe réglée de la justice, instauration d’un rapport de force constant vis-à-vis des journalistes…

Bref, ça a été grand chelem en Sarkozye. Le dire maintenant est une banalité. Le prédire il y a 5 ans eut été la panacée. Mais le legs est bien présent.

5 ans de Sarkozysme ont formaté les esprits

Et il y a un domaine où l’héritage du prince est incontestable : sous son règne, se sont établies de nouvelles règles en matière de communication politique. De manipulation politique devrait-on dire tant il est vrai que dans le monde du président sorti, l’une a servi les desseins de l’autre.

On a ainsi connu le Sarkozy camelot qui s’invitait chez vous à n’importe quelle heure du jour, réquisitionnant l’appareil audiovisuel d’état ou celui de ses amis (Martin Bouygues, Arnaud Lagardère) dès qu’il avait quelque chose à vous vendre (une idée, une émotion ou sa propre légende). La campagne 2012 aura été, de ce point de vue, une véritable indigestion, à la limite de l’occlusion.

On a également halluciné devant le Sarkozy gladiateur, pourfendant les journalistes insoumis ou simplement impertinents qui osaient une question un peu incisive. Laurent Joffrin, Laurence Ferrari, Hélène Jouan, Anne-Sophie Lapix (dans « Dimanche + » sur Canal Plus le 29 avril 2012) et bien d’autres en ont encore les fesses rougies.

Nicolas Sarkozy dans « Paroles de candidat » sur TF1 le 12 mars 2012

Et puis, on s’est lassé du Sarkozy metteur en scène qui convoquait les journalistes à l’Elysée pour qu’ils viennent recueillir sa vision (forcément) éclairée du monde et nous la servir comme on sert la soupe. Reconnaissons néanmoins qu’il ne fut pas le premier, ni le seul (de Gaulle, Mitterrand).

La devise Sarkozy, c’était aussi « l’overdose plutôt que l’ankylose » : à chaque problème, non pas sa solution mais une intervention dans les médias et la promesse d’une loi, qui la plupart du temps, existait déjà ou n’était pas appliquable. Au final, beaucoup de bruit et des serments qui s’envolaient. Rappelons-nous de l’arsenal judiciaire qui fut déployé dans la continuité immédiate de l’affaire Merah, même si son traitement initial par l’exécutif fut jugé digne.

Mais il y avait une constante dans tout cela : la communication, utilisée en tant qu’arme : arme de séduction, parfois; ou arme de destruction, la plupart du temps.

La campagne n’avait d’ailleurs pas dérogé à la règle. On se souvient notamment des saillies de la cellule riposte de l’UMP ou des propres débordements du candidat Sarkozy en meeting lorsque, l’agressivité l’emportant sur la raison, il lançait à la vindicte militante tout ce qui lui tombait sous le coude électoral : les syndicats, la presse, les élites, les corps intermédiaires ou ses adversaires politiques.

Les stigmates sont toujours présents

Aujourd’hui, le dirigeant politique ne communique plus pour informer mais souvent pour se justifier parce que l’opinion, parfois manipulée par la presse d’opposition, manifeste son mécontentement.

C’est par exemple Jean-Marc Ayrault qui s’invite au JT de 20 heures de France 2 cette semaine, prié de venir éteindre l’incendie complaisamment allumé par une certaine presse hostile qui considère que la majorité passe son temps à s’en donner du bon et que 100 jours sont, ma foi, bien suffisants pour réparer les dommages de la totalité d’un quinquennat sarkozien.

C’est aussi François Hollande qui va lui emboîter le pas parce que les sondages de popularité lui enjoignent de le faire. Un président prisonnier des sondeurs d’opinion, on croit rêver ! Le Frankenstein sondagier est devenu incontrôlable. Des sondages qui d’ailleurs ne mesurent pas une côte de confiance sur le fond mais plutôt une impatience ponctuelle. Parce que la frénésie de Sarkozy a conduit à l’instauration d’une échelle de temps qui n’est pas la bonne et parce que quelqu’un a décidé un beau matin qu’au bout de 100 jours, il fallait faire un bilan de compétences. Pas 95, pas 120, 100 jours…

Parfois, l’objectif recherché est tout autre : déformer ou désinformer, attaquer un adversaire, psalmodier en troupeau les fameux éléments de langage, hystériser un débat, tenter d’exister au sein au sein de l’appareil etc

On peut ainsi voir certains jeunes membres de l’opposition, ceux que la réflexion de fond éreinte, qui, pour décrocher un bon point de la part de leur hiérarques, pondent des communiqués à peu près aussi utiles qu’une clé USB à un lapin de garenne. Le lecteur curieux ira utilement consulter à cet égardl’espace presse du l’UMP où officient, entre autres, des élites comme Geoffroy Didier, Franck Riester, Valérie Rosso-Debord, Sébastien Huyghe, Bruno Beschizza, Camille Bedin, dont beaucoup composaient feu la cellule riposte de l’UMP. A l’évidence, pas si feu que ça, tant il est patent que cette propagande anti-gouvernementale s’inscrit dans la droite ligne de ce qui fut produit pendant la campagne par ces porte-flingues zélés.

La dernière polémique en date concerne l’insécurité à Marseille (« Sécurité : les socialistes marseillais ouvrent-ils enfin les yeux sur la réalité ?« ). Polémique, d’autant plus étonnante qu’il y a 2 ans, le ministre Hortefeux se heurta strictement aux mêmes difficultés. Alors Alzheimer politique ou volonté cynique et irrépressible de cogner, juste pour saturer l’espace ?

Dans la même veine, ce sont évidemment ces émétiques éléments de langage caquetés par une armée de gallinacées, comme autant d’insultes à l’égard de l’intelligence de leurs concitoyens. A défaut d’université d’été, je ne serais pas étonné que l’UMP ouvre une école de formation à la rentrée.

Et ce sont enfin toutes ces petites phrases, bombes sales, approximations volontaires, propos diffamatoires parfois ou mensonges par omission souvent, lancés dans le seul but de faire le buzz. Sur ce plan, concédons que Gauche et Droite sont parfois capables des mêmes dérives.

Mais la forme doit primer sur le fond. En deux minutes chrono ou 140 caractères maximum. L’important est de marquer les esprits de la population qui consomme aujourd’hui l’information comme elle vit : en zappant.

François Hollande devra imposer ses propres règles

Le problème, c’est que cette façon de faire de la communication politique est devenue la norme. Elle emprisonne et empoisonne ceux qui voudraient changer les règles.

Pour durer, François Hollande devra d’abord s’extirper de cette nasse et avoir la force d’imposer un rapport différent à la communication. Il doit déposer sa marque et sortir des pas de Sarkozy. Imposer la tempérance hollandaise plutôt que la tempête sarkozyenne.

Son capital le plus important réside dans ses promesses électorales dont les Français s’accordent à dire que, pour l’instant, il les respecte. Encore faut-il qu’il puisse en faire la promotion. A travers la seule communication qui devrait prévaloir, celle qui informe de son action à un rythme que lui seul aura choisi.

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