Présidence de l’UMP : pourquoi Copé joue le jeu de Fillon en tapant sur Hollande

François Hollande dans le rôle du gibier

La chasse au Hollande est ouverte. Il ne se passe pas une journée sans que les dirigeants politiques, situés à la gauche de la gauche parfois, mais évidemment la plupart du temps dans l’opposition, dégainent un communiqué assassin ou une petite phrase destinée au 20 heures.

Illustration du sempiternel axiome de la Droite française qui énonce que la Gauche ne serait pas apte à exercer les responsabilités, car disqualifiée par son incurie supposée en matières économique et sécuritaire. Un axiome, contrairement à un théorème, ne se démontrant pas, la Droite a toujours estimé que le pouvoir lui revenait de droit, aussi surement que l’œuf sort du cul de la poule.

Quant à François Hollande, il est celui qui cristallise cette « injustice » : amateur, incompétent, inconséquent, pleutre, fainéant, indolent, velléitaire, la liste des chefs d’accusation est longue comme le bras.

On peut arguer que l’opposition fait simplement valoir là son droit au débat d’idées démocratique. Sauf que la notion même de débat sous-tend celles d’argumentation, de contre-proposition et d’échange constructif sur des valeurs, un projet ou un ensemble de mesures.

Or, aujourd’hui, c’est souvent l’individu François Hollande qui est visé. Et c’est justement là que le bât blesse. L’opposition s’enferme dans une communication monolithique visant uniquement à décrédibiliser le président en exercice. Et elle oublie de parler de son propre projet.

Jean-François Copé dans le rôle du chef de meute

C’est particulièrement criant au sein du clan Copé. Dans la plus pure tradition des philippiques permanentes assénées par son champion, passé maître dans l’art dénoncer n’importe quoi du moment que ce soit relayé dans la presse – il suffit de compter le nombre de fois ou Copé convoque un point presse, passe à la télé ou à la radio pour s’en convaincre – , chaque lieutenant alimente la surenchère.

Ainsi, rien qu’à propos du récent discours du président à Châlons-en-Champagne (vendredi 31 août), on trouve sur le site de l’UMP des réactions sans surprise : pendant que Camille Bedin s’insurge (« Le discours de François Hollande à Chalons : ni souffle, ni ambition !« ), Franck Riester s’étouffe (« Pour Franck Riester, François Hollande, président déboussolé, ne peut se contenter de « mises au point » et doit prendre des décisions fortes« ) et Jonas Haddad frise l’apoplexie (« Discours de rentrée de François Hollande : un président Bla-Bla« ).

Ces exemples ne sont évidemment pas isolés, toute la garde rapprochée de Copé jouant régulièrement les artificiers : les 3 personnes précités mais également Geoffroy Didier, Valérie Rosso-Debord, Sébastien Huyghe ou Bruno Beschizza sont coutumiers de ces attaques. Il ne s’agit ni plus ni moins que d’une résurgence de la caricaturale cellule Riposte créée pour la présidentielle, qui s’avéra pourtant être un échec total, tant en termes d’efficacité que de perception par les citoyens (aucune justesse d’esprit, aucune fulgurance, juste des éléments de langage la plupart du temps hors de propos).

Jean-François Copé himself, dans un papier intitulé sobrement « Encore un discours pour rien » explique que «ce qui choque le plus [chez François Hollande, NDLA], c’est son inaptitude à la prise de décisions courageuses. Déjà plus de 10 commissions ont été promises mais pas une mesure structurelle n’a été prise. Il est désormais urgent que François Hollande prenne la mesure de la situation et les décisions qui s’imposent».

Pas plus tard que dimanche 2 septembre, le maire de Meaux était encore l’invité de d’Olivier Mazerolle dans l’émission BFM Politique sur BFM-TV (quand on vous dit qu’il sature l’espace médiatique), où de nouveau il a instruit le procès de François Hollande.

Déclarations de Jean-François Copé à l’émission l’émission BFM Politique le 02 septembre 2012

On aura compris que Copé et sa bande entendent démontrer qu’ils sont les seuls opposants crédibles à François Hollande, dans une « opposition tonique », et qu’ils veulent que ça se sache à droite. Copé s’inscrit donc comme le meilleur antidote contre le « Hollandisme« . Copé le chicaneur qui veut croire qu’il est courageux car il va au feu débusquer un imposteur. Impression de déjà vu… Tactique évidemment destinée à marquer les esprits des militants en cette période de campagne interne.

Et François Fillon dans le rôle du notable qui organise le banquet

Cette tactique est contre-productive. Principe de base de la communication, un message n’est audible que s’il n’est pas noyé dans son propre bruit. Or, ce parasitage est exactement l’effet produit par le comique de répétition des interventions de Copé et de son clan.

Plus grave pour lui, l’effet pervers du procédé réside surtout dans le contraste évident (et voulu) avec le calme, la prudence, la hauteur de vue et la stature d’homme d’état qu’on prête à François Fillon, qu’on soit de gauche ou de droite. Et c’est précisément ça qui dessert Copé et qui causera sa défaite à la présidence de l’UMP, alors même qu’il en fait un de ses angles d’attaque contre l’ancien premier ministre. Erreur tactique monumentale.

La raison en est assez simple.

Nicolas Sarkozy a perdu la présidentielle sur son style, sa personnalité et ses erreurs comportementales. Tout a été dit et écrit sur ce point, nul besoin de s’y appesantir. Et il a suffi à François Hollande d’incarner exactement le contraire (le président normal) pour être élu. On a reproché à Hollande de faire de l’anti-Sarkozysme ? C’est exactement ce qu’il fallait faire, ce qu’il suffisait de faire, pour l’emporter. Dont acte.

Aujourd’hui, Jean-François Copé s’inscrit directement dans la continuité de Sarkozy et revendique sa filiation politique. Il en fait même un de ses principaux marqueurs. C’est vrai sur le programme mais aussi sur le style et la méthode de conquête du pouvoir (il s’entoure de kamikazes comme Sarkozy l’avait fait en son temps – Estrosi, Guéant, Hortefeux, Joyandet, Karoutchi, Devedjian, Lefebvre etc – , des types à qui on ne demandait pas d’inventer la machine à cambrer les bananes mais plutôt de cogner). Par corollaire, Copé est juste perçu comme un ersatz de Sarkozy mais en mois talentueux.

Par ailleurs, comme écrit plus haut, on cherche maintenant à attaquer Hollande sur sa compétence. Hollande serait certes un président normal, suscitant l’empathie et adoptant un comportement de président, mais inapte à gouverner. On aurait donc été trompé sur la marchandise.

Si d’une part la gouvernance de Hollande est dangereuse pour le pays, et si d’autre part Copé est un nouveau Sarkozy, les électeurs français plébisciteront un type de dirigeant différent qui sera à la fois compétent et digne de la fonction. Et c’est exactement l’image que tente de véhiculer Fillon : celle d’un dirigeant apaisant dont le CV (disciple de Philippe Séguin, plusieurs fois ministre, 5 ans premier ministre etc) suffit à démontrer la valeur et les convictions.

Donc, plus Jean-François Copé tapera sur François Hollande, plus il s’enfermera dans son rôle de « roquet d’appareil », exactement comme Xavier Bertrand en son temps. Plus il aboiera, plus les militants comprendront qu’il n’est capable que de ronger un os, dessinant en creux sa propre caricature.

Et plus les Français verront en François Fillon un homme d’état, qui pour le coup, n’aura pas besoin de bouger la moindre oreille pour le prouver, ce qu’il sait faire à la perfection…

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2 commentaires sur “Présidence de l’UMP : pourquoi Copé joue le jeu de Fillon en tapant sur Hollande

  1. Copé use toujours des mêmes ficelles… Et toujours cet argument, gauche=conservatisme… L’inversion et le rationalisme benêt comme posture.

    Content de voir que c’est la rentrée pour ce blog aussi !

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