Jean-François Copé adoubé par le prince Jean. Et on n’osa même pas en rire…

Dire que Jean-François Copé cherche à capter l’héritage sarkozyste et à reconquérir les sympathisants UMP égarés et sonnés par la défaite aux présidentielles relève de la litote. Les références à l’ancien président sont tellement fréquentes dans ses différentes interventions qu’on en viendrait presque à se demander si un totem à l’effigie de Nicolas 1er ne trône pas dans la salle du conseil à la mairie de Meaux.

Cependant, personne n’est dupe des manœuvres de cet ancien Chiraquien, qui ne fut d’ailleurs pas toujours très tendre avec son nouvel ami de 2 ans, tant on comprend qu’elles n’ont pour unique objectif que de marquer sa différente avec le « traître et félon » Fillon.

A l’instar de la célèbre série des Martine, l’ami Copé nous a joué « Jean-François déjeune avec Nicolas au Cap-Nègre« , « Jean-François a un lien singulier avec Nicolas« , « Jean-François prend une véritable leçon de vie avec Nicolas« , « Jean-François imite Nicolas en meeting« . Et le nouvel opus, probablement déjà en préparation, devrait être « Jean-François dépose la petite Giulia à l’école (privée)« .

Un pas de plus vers le brevet de Sarkozysme

A tel point qu’on se demande s’il est en quête d’un brevet de Sarkozysme (brevet au sens diplôme ET propriété exclusive) ou plutôt d’une canonisation par les thuriféraires du président sorti, nouvellement regroupés en association.

Mardi 4 septembre, est sorti un autre numéro : « Jean-François adoubé par le prince Jean à Neuilly ». Jean-François Copé invité par le fils du président pour un café politique à Neuilly, c’était le non-évènement politique par excellence et, paradoxalement, l’assurance d’une couverture médiatique démesurée. Parce que quand on y réfléchit bien, Jean Sarkozy est un simple élu local comme il en existe des centaines, conseiller général des Hauts-de-Seine. Ni plus,… ni plus.

Nous étions donc les témoins d’une situation ubuesque que la presse ne releva toutefois pas. Ou pour reprendre une expression de Jean-François Kahn dans son livre La catastrophe du 6 mai 2012 [Plon], on n’osa même pas en rire…

Pourtant, il y avait de quoi se claquer les zygomatiques. Outre l’hommage appuyé de Jean Sarkozy aux qualités personnelles de son hôte (courage, solidité, franchise : des vertus que l’on a toujours prêtées à Nicolas Sarkozy et dont, à l’inverse, on doute chez François Fillon, une simple coïncidence vraisemblablement), on eut également le droit à des dithyrambes aussi creux que disproportionnés sur son action politique, avec en point d’orgue cette sentence assurée :

« Vous [Jean-François Copé, NDLA] avez été l’homme interdisant la burqa, l’une des grandes victoires de notre histoire parlementaire malgré les réticences jusque dans votre propre camp ».

Ben ouais, rien que ça ! Le jeune Jean n’y est pas allé avec le dos de la cuillère d’argent. Et puis il faut savoir que la loi sur la burqua est le pont d’Arcole de Jean-François Copé, il y revient sans cesse, y voyant un acte fondateur de sa propre légende. En cela, ces mots du jeune prince n’étaient nullement fortuits. De là à qualifier cette loi d’une des grandes victoires de notre histoire parlementaire, il fallait oser. Sur l’échelle de Jean Sarkozy, où se situent par exemple la loi Badinter sur l’abolition de la peine de mort ou la loi Veil sur le droit à l’avortement ? Le mystère reste entier.

Copé dans l’imposture permanente

Mais le mariage de raison de la carpette meldoise et du lapereau neuilléen est surtout intéressant en ce qu’il révèle les profondes contradictions de l’animal politique Copé. A force de tirer à vue sur Hollande ou Fillon sans prendre le temps d’une vague réflexion, il en perd sa propre cohérence, à supposer qu’elle ait un jour existé.

Ainsi, parlant en creux de François Fillon, Jean-François Copé nous explique que « Il y a des gens qui ont cette chance d’avoir un parcours de nommé et de faire une super carrière. Moi, j’ai pas la tête du gars qu’on nomme.« . Mais il ne voit pas la contradiction qu’il y a à venir se faire adouber par celui qui faillit être le nommé le plus célèbre de France, parachuté à la tête de l’EPAD sur un simple claquement de doigt de son papa.

Jean-François Copé explique également, toujours pour attaquer Fillon, qu’il « fait campagne auprès des militants, pas des barons. » Certes. Mais dans ces conditions, comment qualifier Charles Pasqua (sénateur UMP), Patrick Balkany (député-maire de Levallois-Perret) et Roger Karoutchi (sénateur UMP), tous présents ce jour-là ? Sont-ce de simples militants ? Ou des membres des Jeunes Pops ? Des G.O. du Club Med peut-être ? Des barons refoulés ?

Il insiste régulièrement sur le côté mondain du « bourgeois de la Sarthe » Fillon, devenu « l’élu de Saint-Germain-des-Prés », alors que lui se présente au contraire comme le candidat du peuple, « loin des beaux quartiers de la capitale, dans une ville de grande banlieue parisienne« . Décidément, le mimétisme avec le président sorti, qui le porte jusqu’à mener campagne dans sa droite lignée, fait peine à voir. Et c’est donc probablement fort de ce postulat qu’il vient faire campagne à Neuilly-sur-Seine, ville éminemment réputée pour son côté prolétarien.

Enfin, Jean-François Copé ne peut ignorer les affaires dans lesquelles ont trempé Charles Pasqua et, à un degré moindre, Patrick Balkany. Tout comme il ne peut ignorer ce qu’a déclaré, ce même 4 septembre sur RTL, Luc Chatel (qui compose avec Michel Tabarot le ticket Copé à la présidence de l’UMP) : « Je ne comprends pas l’idée de redressement moral (…), la Gauche n’a pas de leçons de morale à nous donner ». Ça tombe bien : à l’évidence, Jean-François Copé n’avait pas l’intention de les recevoir.

Mais de cette imposture, nul ne se gaussa. On ne trouva personne pour en rire…

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