Nadine Morano soutient Jean-François Copé pour la présidence de l’UMP. Ça va être une belle campagne…

Dans une interview au Figaro à paraître mardi 18 septembre, Nadine Morano annonce son ralliement à Jean-François Copé dans la course à la présidence de l’UMP. Ce qui est clair, c’est qu’on ne tombera pas de l’armoire en apprenant cette nouvelle, pour au moins deux raisons.

Premièrement, les relations avec François Fillon s’étaient refroidies au cours des législatives, l’ancien premier ministre n’ayant que peu goûté l’interview que Nadine Morano avait accordée à l’époque au journal Minute. Tout comme il n’avait pas non plus apprécié les appels du pied que l’ex-députée, en grande difficulté au soir du 1er tour, avait lancés à l’électorat frontiste, puisqu’elle n’avait pas hésité à dire qu’elle partageait avec le parti de Marine Le Pen les mêmes valeurs : « Je voudrais appeler les électeurs du Front national qui partagent nos valeurs, mes valeurs, à se retrouver sur ma candidature au second tour« . C’est ce qui s’appelle ajouter le déshonneur à la défaite.

Le canular de Gérald Dahan acheva de clouer Nadine Morano au pilori. Les digues morales du Sarthois avaient été franchies. Dans ces conditions, Fillon ne fit que le minimum syndical pour soutenir son ex-ministre.

Nadine Morano, AOC de la droite de Jean-François Copé

Ensuite, c’est peu dire que Nadine Morano et Jean-François Copé surfent sur les mêmes vagues : même brutalité dans leur rapport à la politique, même vulgarité dans leur pratique du débat démocratique, même goût pour l’outrance verbale, même appétence pour la communication tous azimuts (Copé perfusé aux médias radio et télé, Morano victime de Tweet Obsessionnel Compulsif), même souci d’économie dans la réflexion de fond et même addiction aux éléments de langage, matière première indispensable à toutes leurs prises de parole.

La plupart des gens visent, puis tirent. Ces deux-là font l’inverse. Il n’est donc pas illogique de les voir s’acoquiner. On apprendra probablement plus tard dans la campagne que Nadine Morano, battue aux dernières législatives, a négocié une nouvelle circonscription ou un poste d’appareil, et que ce ralliement est tout sauf désintéressé.

Mais dans l’immédiat, le trait d’union s’appelle Nicolas Sarkozy : gourou pour l’une, marche-pied pour l’autre. Les apparences sont donc sauves et nul ne suspectera un mariage blanc.

Quoi qu’il en soit, ça laisse augurer de la campagne de caniveau à laquelle nous allons avoir le droit avec ce recrutement dans les dernières heures du mercato politique. Nadine Morano est clairement là pour tirer à vue sur les opposants et permettre à Jean-François Copé de se planquer et de lisser son image de hussard. Il va y avoir du sang sur les murs au siège de l’UMP. Et elle ne laissera pas sa part au chien…

Néanmoins, Jean-François Copé va devoir résoudre un autre problème : on l’a vu, Nadine Morano a largement franchi la ligne brune à l’occasion des législatives. Dire de Marine Le Pen qu’elle a beaucoup de talent et s’aventurer sur la thématique des valeurs communes n’est pas neutre dans la sphère UMP, clairement divisée sur le sujet. Cette prise de position la place sur la même ligne politique que la Droite Populaire de Lionnel Luca ou Christian Vanneste et lui permet de s’asseoir sur les genoux de Gérard Longuet. Une belle bande de vainqueurs.

D’un strict point de vue doctrinaire, Jean-François Copé n’en sera guère gêné : lui-même a lancé l’offensive sur des thématiques savoureuses comme l’immigration, la nation, la sécurité ou l’assistanat (et évidemment l’interdiction du port de la burqua, le catéchisme qu’il psalmodie à qui veut l’entendre, et même aux autres). Il est porteur d’une droite décomplexée, « détabouisée », et pour tout dire, souvent décérébrée (on ne peut pas dire que cette droite brille par la subtilité de son opposition au gouvernement). Il ne lui manquait qu’une Appellation d’Origine Contrôlée. Nadine Morano vient de la lui fournir.

Sauf qu’il devra quand même expliquer aux militants centristes, humanistes ou gaullistes comment il compte rassembler son camp en commençant d’emblée par lancer une bouteille si loin dans le marigot du Front National. Même s’il y apporte une première réponse à travers la fusion annoncée des motions Chatel et Raffarin, censée créer un bloc unique composé de libéraux et d’humanistes, cet attelage sent le montage d’appareil à plein nez. Partant de ce constat, pas certain que les militants y soient sensibles.

En revanche, les contorsions idéologiques et le cynisme de Nadine Morano auront imprimé la mémoire. Et le camp Fillon saura se servir de cette rémanence.

Copé toujours dans les pas de Sarkozy

Partant du constat que 68% des sympathisants de droite estimaient que l’UMP n’avait pas été trop proche du FN, Copé fait en effet le pari de donner à son électorat ce qu’il veut entendre. Sauf qu’à un moment, cet électorat demandera à son champion, non plus de lui susurrer des mots doux, mais tout simplement de battre la Gauche. Et rien n’indique aujourd’hui qu’ils croient le maire de Meaux capable de battre François Hollande en 2017.

Jean-François Copé est en train de reproduire exactement la même campagne que son héros d’apparence Nicolas Sarkozy. Il prépare le même grand écart. Alors que Fillon se place naturellement sur le terrain économique, lui surjoue l’identité nationale. Quand Fillon tente de rester dans une opposition sans concession mais un minimum réfléchie, lui tire à la sulfateuse. Alors que Fillon incarne objectivement une droite bourgeoise, lui transcende l’imposture en se proclamant héraut du peuple (défense de rire !). Je jouerais ma maigre solde que Patrick Buisson est aux manettes.

Mais à mon sens, Copé part d’une hypothèse erronée : il reste persuadé que la campagne de Nicolas Sarkozy a été brillante, qu’elle lui a permis de sortir des abysses sondagiers et lui a évité une humiliation électorale. Il pense donc que la performance du candidat Sarkozy est remarquable et que la défaite ne peut être imputée qu’à une incompréhension liée à son style et à sa personnalité. Or, si c’était vrai, l’UMP n’aurait pas été laminée aux législatives, Nicolas Sarkozy n’y ayant pris aucune part.

Jean-François Copé compte donc utiliser les mêmes recettes que feu Nicolas. Et il obtiendra les mêmes résultats. Car lui aussi a un sérieux problème d’image. On ne le dira jamais assez : Jean-François Copé ne sera jamais président de la République tout simplement parce qu’il est Jean-François Copé. François Fillon l’a bien compris et c’est d’ailleurs pour cette raison, entre autres, qu’il martèle que la présidence de l’UMP est une rampe de lancement pour les présidentielles de 2017.

Mais l’important n’est pas là : au moins, avec Nadine Morano dans l’équipe, on va pouvoir rire à gorge déployée…

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