Jean-François Copé est-il le VRP de l’idéologie d’extrême-droite ?

En jetant dans l’arène le terme racisme anti-blanc, une thématique constitutive de l’ADN du Front national, Jean-François Copé lance l’offensive sur le terrain des valeurs, comme l’avait fait avant lui le candidat Sarkozy au cours de la dernière campagne. Cet acte politique, qui tient d’ailleurs autant du fait que du méfait, n’est pas neutre, tant il décrit la stratégie de son instigateur pour accéder au pouvoir.

Copé doit trouver un filon qu’il sera le seul à exploiter

Tout d’abord, Jean-François Copé reprend la main sur Marine Le Pen qui, la première, avait déclenché les hostilités en proposant l’interdiction du port du voile musulman dans l’espace public. Cette bataille pour l’aile droite de l’UMP, constituée de sympathisants très perméables aux thèmes de l’insécurité, de l’immigration et de l’identité nationale, et plus encore lorsque ces thèmes sont mixés dans le grand robot ménager idéologique de la droite, ne fait que commencer. Elle est un des enjeux majeurs des prochaines échéances électorales, et en premier lieu des municipales de 2014, première phase de reconquête espérée du pouvoir pour la droite.

Mais à ce niveau de porosité, on ne peut plus parler de braconnage sur les terres du Front national. Il apparaît plutôt que Jean-François Copé s’est invité à une chasse à courre ou à une séance de ball-trap dans le parc de Saint-Cloud.

Ensuite, à travers cette déclaration, Jean-François Copé crée un nouveau théâtre d’opérations dans cette guérilla, qui est tout sauf urbaine et qui l’oppose à l’humaniste social François Fillon dans sa quête de la présidence de l’UMP. En retard dans les sondages, souffrant d’un déficit d’image quant à sa stature d’homme d’État et à sa capacité à battre François Hollande en 2017, Copé doit porter le fer sur un terrain où son adversaire marche sur des œufs et où lui peut se montrer plus conquérant.

Il ne s’agit ni plus ni mois que de marketing politique consistant à appliquer le précepte : « Si tu n’es pas le premier dans ta catégorie, crée une nouvelle catégorie dans laquelle tu seras le premier. » Copé s’échine donc à ramener le combat sur un terrain plus favorable, qu’il laboure au nom de la « droite décomplexée qui s’oppose au politiquement correct de la gauche bien-pensante ». Il lui faut un filon qu’il sera le seul à exploiter.

Pour ce faire, il procède selon un modus operandi décrit en détail par le politologue Thomas Guénolé : provocation / requalification / victimisation / accaparement. Copé héritier de Sarkozy ? Non, plutôt son copycat.

Jean-François Copé, homme de convictions… ou pur oppportuniste

Copé se caractérise par sa brutalité politique. Ce n’est pas nouveau, c’est un marqueur puissant de son action. C’est aussi sa principale arme de conquête du pouvoir. Il veut y voir une preuve de son courage : cogner comme un sourd, sur l’opposition de gauche ou sur ses propres opposants au sein de la droite, pour démontrer sa domination et sa témérité. C’est une logique de cour d’école. Ou de meute. Mais c’est la sienne.

Le problème, c’est que cette méthode n’est pas au service de convictions profondes qui structurent un fil conducteur mais plutôt de contorsions politiciennes purement conjoncturelles. Il a compris tout le bénéfice qu’il pouvait tirer d’une polémique portant sur le racisme anti-blanc, de la même façon qu’il s’était approprié le débat sur l’interdiction du port de la burqa dans les lieux publics en 2010, de manière totalement cynique.

La logique est la même, l’objectif également : montrer qu’il s’attaque aux vraies questions de société, fussent-elles fabriquées de toute pièce pour son seul usage personnel. Copé ne répond pas aux préoccupations des Français, il les invente pour construire son histoire et sa légitimité politiques.

L’exemple du racisme anti-blanc est, à ce sujet, révélateur : le racisme anti-blanc existe-t-il ? Évidemment, pourquoi n’existerait-il pas ? Pour autant, mérite-t-il plus de considération et de lumière médiatique que les racismes à l’encontre des personnes de couleur, noirs, arabes ou asiatiques ? Non, car le simple fait de le traiter différemment est une discrimination en soi. Sauf qu’il permet à Copé d’exister autrement que dans l’ombre sondagière de Fillon. Donc, il n’hésite pas à mettre en scène ce phénomène et à en faire une cause nationale.

Les médias ont-ils fait le beurre de Copé ?

Il est d’ailleurs bien aidé par les médias qui se sont emparés de ce sujet qui n’en est pas un, et l’ont monté en épingle. Ce sont donc les médias qui, d’une certaine façon, ont contribué à délivrer à Copé son brevet de requalification au sens où l’explique Thomas Guénolé.

On peut noter à ce sujet que la plupart des commentateurs ont interprété les résultats d’un sondage commandé par I-Télé à TNS-Sofres concernant cette déclaration de Copé en concluant que « 56% des personnes interrogées sont d’accord avec Jean-François Copé sur la notion de racisme anti-Blanc« .

Lu en l’état, on pourrait croire que les Français donnent un blanc-seing à Copé, l’implorant de sortir le Karcher pour éradiquer la « racaille » et faisant de lui l’égal de son modèle Sarkozy. Or la question était « Jean François Copé écrit dans son livre à paraître qu’un racisme anti-blanc se développe dans les quartiers de nos villes (…) Êtes-vous tout à fait d’accord, plutôt d’accord, plutôt pas d’accord, ou pas d’accord du tout avec cette affirmation ?« .

La question ne portait donc pas sur la prise de position du maire de Meaux, mais simplement sur un constat somme toute assez banal qu’il existe (aussi) un racisme à l’encontre des blancs dans notre pays. Toutefois, le raccourci médiatique a été fort bénéfique, pour ne pas dire salutaire, à Copé.

Jusqu’où tout cela le mènera-t-il ?

Fort de ce constat, on peut se demander si Jean-François Copé est un responsable ou un irresponsable politique. Contribuant à banaliser ce qui ne doit pas l’être, lançant des débats clivants au seul prétexte de se créer une carrure d’homme d’État, établissant une passerelle de plus en plus forte entre droite et extrême-droite, alors que par ailleurs il assure qu’il n’y aura jamais d’alliances, Jean-François Copé devient de fait le meilleur représentant de commerce de la doxa frontiste, l’employé du mois du Front national.

On peut s’interroger sur les vertus d’un prétendant à la fonction suprême, à qui s’imposerait naturellement le devoir de rassembler le plus largement possible ses concitoyens le moment venu, mais qui débute sa quête du Graal en stigmatisant une partie de la population, employant les méthodes d’un parti extrémiste qu’il exècre tant.

Mais on peut également s’interroger sur la finesse de son sens politique quand on sait que l’électorat de droite est de toutes origines et de toutes couleurs.

Bref, ça laisse songeur…

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