Le Programme de François Fillon : du sang, des larmes et une corde pour se pendre

Quand on observe le combat que se livrent François Fillon et Jean-François Copé pour séduire les militants UMP appelés à élire le 18 novembre le président de leur parti, on oublie souvent de mentionner qu’entre ces deux-là, il n’y a pas l’épaisseur d’un bulletin de vote en papier recyclé.

Oui, Copé se situe très à droite sur l’échiquier politique et ses outrances à répétition (racisme anti-blancanecdote du ramadan et du pain au chocolat) nous rappellent à quel point cet homme est dangereux par son côté pyromane sociétal décomplexé. Adepte du gros rouge qui tâche, Jean-François Copé tire rarement à blanc et la période actuelle en est la parfaite illustration : il veut tuer politiquement Fillon et il y a fort à parier que le barillet n’est pas encore vide.

Pour contrer son rival, François Fillon a quant-à-lui décidé d’emprunter une voie différente, apparemment plus consensuelle, moins clivante, mais pas moins droitière. Simplement, alors que Copé pilonne essentiellement la gauche sur ses valeurs ou ses marqueurs (immigration, droit de vote des étrangers non communautaires, mariage homosexuel, embauche de fonctionnaires etc), Fillon se place davantage sur le terrain économique et social. Question de cursus.

François Fillon propose de travailler plus pour gagner moins

En témoigne l’interview qu’il a accordée au journal Les Echos, dans laquelle il milite pour un assouplissement du droit du travail avec notamment la proposition de supprimer la référence à la durée légale du travail et la révision du contrat de travail individuel. Il n’en est pas à son coup d’essai mais l’offensive se fait cette fois plus précise.

Vieille antienne du MEDEF en vérité, pour qui le code du travail est un brûlot trotskyste et les accords de branche une entrave à la liberté de licencier.

Dans cette interview, l’ancien premier ministre de Nicolas Sarkozy indique ainsi que « le redressement national passe par un effort de travail supplémentaire » et qu’il faut selon lui « supprimer la référence à la durée légale et autoriser une négociation collective dans les entreprises sur le temps de travail, dans les limites des règles européennes ».

Il ajoute même que « si cela ne recueille pas l’assentiment majoritaire, devant la gravité de la crise, il faut augmenter d’une à trois heures le temps de travail dans les entreprises comme dans les fonctions publiques ».

Augmenter le temps de travail à salaire constant bien évidemment : s’agissant de renforcer la compétitivité des entreprises, il n’est pas question de les charger davantage et dans l’esprit de Fillon, c’est bien aux salariés qu’incombe le sacrifice de ce redressement.

Incroyable discours de la part de celui qui fut le disciple du gouailleur gaulliste social Philippe Séguin, et qui bascule maintenant dans un ultra-libéralisme effréné, qu’il justifie par un état de crise que lui-même a contribué à accentuer puisqu’il fut plusieurs fois ministre sous Chirac et le premier d’entre eux pendant l’intégralité du quinquennat Sarkozy.

Si Copé est un pyromane, Fillon est un marchand d’allumettes bien planqué dans son arrière-boutique, faisant preuve d’un manque de volontarisme qu’on pensait réservé aux grands dépressifs. Est-il possible d’être un responsable politique de premier plan et d’être à ce point fataliste ?

Alors que le Sarkozy de 2007 théorisa le concept du « travailler plus pour gagner plus » et défiscalisa les heures supplémentaires, son plus proche collaborateur nous vend au contraire l’idée que chacun devra travailler plus à salaire équivalent, et donc accepter de voir son salaire horaire diminuer. Clairement, le coin est dans la porte du code du travail.

Une prise de position très politique

Parallèlement, François Fillon plaide pour la remise en cause de certaines dépenses sociales et explique vouloir « rémunérer les demandeurs d’emploi, non pas parce qu’ils sont demandeurs d’emploi, mais parce qu’ils sont en formation ».

Cette proposition pointe évidemment le référendum qu’avait proposé Nicolas Sarkozy pendant sa campagne et rappelle qu’on n’est plus qu’à quelques encablures du totem de Laurent Wauquiez, pourfendeur zélé de cet « assistanat cancer de la société« .

En jouant sur le registre de la peur de l’assèchement du marché du travail, Fillon apporte évidemment sa pierre à la guerre des classes. Un salarié inquiet est un salarié docile. Les patrons du Fouquet’s lui en sauront gré et sauront s’en souvenir au moment où il faudra qu’ils se transforment en généreux donateurs de campagne.

Ensuite, en martelant que la crise est profonde et que le gouvernement est incapable d’y faire face, le taxant même explicitement d’amateurisme, il cherche à imposer, par effet de contraste, une image d’homme d’Etat. Le story-telling est le suivant : Sarkozy était un agité qui a abîmé la fonction. Hollande l’a restaurée dans la forme mais reste un incompétent sur le fond. Fillon, lui, se présente dès lors comme une figure de sagesse et de compétence. CQFD.

Enfin, en montrant du doigt ceux qui ont perdu leur job et en expliquant qu’il est urgent de les marquer à la culotte pour qu’ils ne se perdent pas dans les affres de l’oisiveté, Fillon cajole son électorat conservateur et met la barre à tribord pour contrer les libéraux du camp Copé (Luc Chatel, Hervé Novelli etc). C’est bien connu, un chômeur l’est avant tout par choix.

Une erreur de communication grossière

Ceci étant, il est assez stupéfiant de constater à quel point le soldat Fillon fait table rase de son histoire proche et de ce qu’il représente aux yeux de ses concitoyens.

François Fillon premier ministre, c’est un accroissement de la dette de 600 milliards d’euros et une augmentation du nombre de chômeurs frôlant le million. L’entendre dès lors nous professer ses conseils de nutritionniste de l’économie est à peu près aussi crédible que d’entendre Lance Armstrong plaider pour l’intensification des contrôles anti-dopage, d’écouter DSK faire l’apologie de la fidélité conjugale ou de confier à Nadine Morano la correction d’une dictée de CM2.

François Fillon premier ministre, c’est aussi la mise en place du bouclier fiscal dont on pourra difficilement expliquer qu’il a avantagé et grassement servi la France d’en bas. A tel point d’ailleurs qu’il fut supprimé en fin de quinquennat.

François Fillon ex-premier ministre, c’est une image de bourgeois de la Sarthe aux amitiés transalpines décomplexées. Passer ses vacances chez le président de Ferrari, c’est évidemment son bon droit mais difficile d’être crédible par la suite pour demander à la plèbe de se serrer le ceinturon.

François Fillon ex-premier ministre, et là, ce n’est pas réellement de sa faute mais l’image est désastreuse, c’est son ancien patron qui va aux Etats-Unis tenir une conférence d’une heure et d’un niveau douteux, facturée quelques 100 000 €.

Enfin, François Fillon, candidat à la présidence de l’UMP, c’est le ralliement encombrant d’Edouard Balladur. Un soutien d’Edouard Balladur, c’est comme un pull mohair multicolore tricoté par ta grand-mère : un cadeau que tu n’oses pas refuser de peur de lui faire de la peine, tout en sachant que tu vas être la risée de tout le monde dès que tu auras mis le nez dehors. Edouard Balladur ne fait ni très peuple, ni très moderne. Plutôt boulet du 16ième. Et Fillon n’a pas besoin de ça.

François Fillon l’emportera sans aucun doute sur Jean-François Copé à l’automne pour la présidence du parti. Mais croire pour autant que sa route vers l’Elysée sera dégagée serait une erreur grossière. Parce que Fillon, pour la première fois de sa vie, sera en terrain découvert. Et les balles de son incohérence risquent de siffler…

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