La Droite forte ou la consécration du populisme à l’UMP

La droite républicaine est en train de se dessiner un nouveau visage. Dépossédée de tous les pouvoirs nationaux et d’une bonne partie de ses mandats locaux au cours de l’ère Sarkozy, elle est par définition privée de sa capacité à peser dans les décisions.

Cette UMP qui raille souvent l’impréparation du nouveau gouvernement, le taxant régulièrement d’amateurisme et dénonçant constamment l’imposture qui a présidé à son élection en mai dernier, ne supporte tout simplement pas sa propre mise au rebut politique : si impréparation il y a, il s’agit surtout de celle de la droite qui n’était pas prête à se retrouver dans l’opposition, victime du rejet massif de son mentor.

Par voie de conséquence, le syndrome qui prédomine aujourd’hui chez les recalés de mai est celui du mauvais perdant : il n’est pas rare d’entendre que la défaite de Sarkozy était injuste ou imputable à la presse, et que les Français ont été dupés par un chapardeur électoral candidat du système, incarné par François Hollande.

La Droite forte est une arme de reconquête

Alors, Maître Buisson, stratège de la campagne de Sarkozy et instigateur de son embardée ultra-droitière, a juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Et il a inventé la Droite forte, un courant populiste destiné à réduire le discours UMP à sa plus simple expression, compréhensible par n’importe quel cerveau reptilien. Puis il a dressé deux renardeaux, Guillaume Peltier et Geoffroy Didier, dont la mission sera d’aller récupérer le fromage perdu. Tout d’abord en 2014, puis en 2017.

La Droite forte se définit comme ayant « le Sarkozysme pour fondation, la France pour espérance, une nouvelle idée de l’Europe pour horizon et le peuple pour boussole« .

Ce qu’elle nous montre d’elle-même est néanmoins plus proche d’une autre réalité qui la dépeint comme ayant l’opportunisme pour fondation, la conquête du parti pour espérance, une nouvelle idée de la droite pour horizon et le populisme pour boussole.

Les deux cogérants de ce courant ne font pas de politique, ils font du marketing. Ils ne sont pas dans l’action mais dans la communication, passant plus de temps sur les plateaux qu’en face des militants. Et le seul terrain qu’ils labourent est celui des valeurs.

Tentant de capter l’héritage du sarkozysme à leur seul profit, ils ont d’abord déposé la marque « génération sarkozyste » à l’INPI, s’attirant les foudres de leurs camarades de jeu et réussissant l’exploit de faire se cabrer dans un même élan copéistes, fillonistes ou non alignés. Si Ricoré est l’ami du petit déjeuner, et Copé – à travers ses pains au chocolat – celui du goûter, Peltier et Didier ne sont, eux, les amis de personne.

Un programme qui s’appuie sur les fondamentaux de l’extrême-droite

Les apprentis-sorciers de la Droite forte ont concocté un programme scindé en4 thèmes principaux contenant chacun 10 « idées fortes », dont on pourrait croire qu’elles ont été inventées dans l’arrière-cuisine de Jean-Marie Le Pen.

1. Concernant l’assistanat et la fraude (réputés étroitement liés…), on y trouvera par exemple des propositions visant à « supprimer à vie les allocations sociales pour tout fraudeur récidiviste », à « supprimer la couverture maladie universelle », à « imposer fiscalement les revenus de l’assistance », ou à « augmenter les contrôles aux arrêts-maladies, tout particulièrement dans la fonction publique ». Pas la peine de décliner la thématique en 10 points, il eut suffit de dire qu’un bon assisté est un assisté mort et qu’un fonctionnaire est par nature un fraudeur.

2. Ensuite, s’agissant de transparence de la vie politico-médiatique, la Droite forte s’insurge du manque de représentativité des journalistes dans le service public et propose donc de « garantir l’embauche de journalistes de droite sur les radios et télévisions financées par les contribuables français« . Et préconise, tant qu’à faire, que soit sanctifiée la droite « feutrée » d’Eric Zemmour et d’Elisabeth Levy : quand il s’agit de propagande, la Droite forte ne la joue pas petit bras.

3. Sur les questions de laïcité et de vivre ensemble, en proposant de modifier la Constitution française pour y ajouter la phrase « la France est une République laïque de tradition chrétienne », la Droite forte nous explique que la laïcité (qui traduit la séparation de l’Eglise et de l’Etat mais interdit toute discrimination fondée sur la religion) est quand même, avant tout, chrétienne… On ne sait jamais, au cas où le prophète aurait lui aussi l’idée de déposer le mot laïcité à l’INPI.

4. Enfin, pour refonder l’école, la Droite forte propose comme mesure phare l’interdiction du droit de grève des professeurs, jugés trop inféodés aux syndicats et coupables de paralyser la société, en prenant en otage parents, élèves et maires ruraux. D’autre part, un mauvais enseignant pourra également être licencié par le chef d’établissement, lesquels établissements seront en outre financés au mérite. Guillaume Peltier et Geoffroy Didier sont décidément de purs génies, ils viennent d’inventer l’école privée.

Un leitmotiv : trop de réflexion tue la réflexion

Ceci étant, la Droite forte ne disserte pas d’économie. Trop complexe. Elle n’a pas non plus d’avis sur les sujets de politique internationale. Pas assez porteur. Elle prétend représenter la France d’en bas mais doit estimer que chômage et pouvoir d’achat sont de simples vues de l’esprit dans la mesure où son programme ne prévoit aucune solution concrète pour augmenter l’un et résorber l’autre.

En fait, la Droite forte ne représente pas la France d’en bas mais la France bas de gamme. Elle pratique une politique discount et place en tête de gondole les produits d’appel qui font leurs preuves à chaque campagne de promotion : assistanat, immigration, communautarisme, insécurité.

Elle fustige les contre-pouvoirs (syndicats, presse, fonctionnaires), surjoue la victimisation, n’hésite pas à remettre en cause le droit de grève pourtant garanti par la constitution et comme ça ne suffit pas, profite de son audience médiatique pour aligner les contre-vérités propagandistes.

Décidément, l’impression de déjà vu est frappante.

Dernier exemple en date : Guillaume Peltier, jeudi 18 octobre dans l’émission de Laurence Ferrari, « Le Grand 8 », qui nous explique qu’il y a « 45.000 professeurs détachés comme permanents syndicaux en équivalents temps plein », ce qui justifie selon lui de leur supprimer le droit grève car c’est bien la preuve que leurs débrayages sont purement politiques.

Sauf que les décodeurs du « Monde » nous démontrent qu’en vérité il n’y en a pas 45.000 mais 1000 et qui plus est, sur l’intégralité de la fonction publique !

Peltier et Didier ont une légitimité politique proche du néant

Au final, il ne faut jamais oublier de souligner la légitimité électorale de nos deux girouettes, ce qui remet immédiatement en perspective la portée de leur logorrhée.

Guillaume Peltier, c’est trois défaites successives aux législatives, et au final aucun mandat électoral jamais accordé par le peuple.

Geoffroy Didier est, quant-à lui, conseiller régional d’Île-de-France mais n’a jamais été élu sur son seul nom. Heureusement, il sauve l’honneur avec le titre envié de « secrétaire national en charge de la Protection des riverains et de la Lutte contre les nuisances aéroportuaires » à l’UMP. Ça vous pose un homme.

Bref, c’est du lourd et quand ils s’expriment, on sait tout de suite qu’il va se passer quelque chose : un cap, une fulgurance… ou une ode à la vacuité.

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