L’UDI est-elle la future arme de destruction massive de Nicolas Sarkozy contre François Fillon ?

En créant l’Union des Démocrates et Indépendants (UDI), qualifiée d’UDF du XXIe siècle, Jean-Louis Borloo ambitionne de restaurer une offre politique centriste qui avait pris du plomb dans l’aile ces dernières années, victime des atermoiements de François Bayrou ou de l’opportunisme de certains de ses dirigeants partis convoler avec les sirènes de l’UMP.

Le problème est maintenant de savoir comment va s’intégrer l’UDI dans le paysage politique global et plus spécifiquement dans celui de la droite.

La naissance de l’UDI pose la question de la recomposition de la droite

Au-delà de la constitution d’un grand parti présenté comme étant de centre-droit et ayant vocation à s’allier avec l’UMP, se pose en effet la question de la recomposition de la droite, entre les clins d’œil répétés de Jean-François Copé aux électeurs du Front national, les attaques en règle de Fillon sur les 35 heures ou les coups de boutoir incessants de la Droite forte dans un corpus idéologique déjà en charpie et que Nicolas Sarkozy a achevé de mettre en lambeaux au cours de sa dernière campagne.

Sans compter que viendront s’ajouter à la confusion les prises de guerre que ne manquera pas de faire Marine Le Pen si elle en a l’occasion. On pense bien évidemment aux membres de la Droite populaire dont la motion semble à la peine dans les sondages et qui pourraient donc être tentés par une désertion en rase campagne.

L’UDI, qui a commencé son mercato en enrôlant Chantal Jouanno et qui compte déjà dans ses rangs les ex-ministres de droite Rama Yade et Yves Jégo, jouera peut-être un rôle de terre d’asile au-delà de ce qu’on peut attendre.

Ce qui est au centre de l’UDI, c’est… François Fillon

Ceci étant, d’autres facteurs, certes moins factuels mais pas nécessairement moins éclairants, méritent d’être pris en considération.

1. Le premier concerne Nicolas Sarkozy : le président sorti se tient au courant de tout ce qui agite son camp, reçoit régulièrement les membres de l’opposition et tire encore probablement quelques ficelles. En témoigne la décoration qu’il vient de remettre à l’un des plus proches collaborateurs de Jean-François Copé, s’arrangeant pour que la presse s’en fasse discrètement l’écho, façon habile de planter une banderille dans le cuir de François Fillon.

Nicolas Sarkozy, s’il entend un jour revenir sur le devant de la scène politique, a tout intérêt à ce que ce soit Jean-François Copé qui soit élu à la tête de l’UMP, parce qu’il lui sera plus facile de se substituer à lui. Les sympathisants préféreront l’original à la copie. En revanche, une primaire contre un François Fillon qui serait conforté par sa position de président de l’UMP et dont Sarkozy est l’exact négatif stylistique serait bien plus aléatoire. Et Sarkozy le sait.

2. Le deuxième concerne les relations entre Jean-Louis Borloo et François Fillon. Ce n’est un secret pour personne que ces deux-là s’aiment autant que le feu et la glace. Le remaniement de l’automne 2010, où Fillon fut reconduit alors que Borloo briguait sa place n’as pas arrangé l’état de leurs relations. On croit savoir que Fillon a procédé à un lobbying actif auprès des parlementaires UMP et a pesé de tout son poids dans l’appareil pour écarter l’échevelé impétrant. Ce qui conduisit d’ailleurs au départ de ce dernier du gouvernement.

3. Le troisième facteur, enfin, tient à la personnalité même de Jean-Louis Borloo. Je ne le crois pas une seconde prêt à se lancer dans une bataille présidentielle dont on peut penser, quand on voit ce qui s’est passé en 2012, qu’elle sera une véritable boucherie. Ça ne ressemble pas au personnage, et ça ne cadre pas avec sa personnalité de « bohémien de la politique » un peu fantasque.

Pourtant, même s’il est évidemment trop tôt pour répondre à cette question, les hommes et femmes qui l’ont rejoint ont immanquablement cette échéance en ligne de mire. Dans la Ve République, il ne peut en être autrement. Les ralliements se facturent en maroquins ministériels ou, à tout le moins, en jetons de pouvoir et d’influence. Par conséquent, aucun dirigeant ne restera dans le sillage de Borloo s’il s’avère qu’il n’ira, une fois encore, pas au bout de son idée.

Alors pourquoi Jean-Louis Borloo refuse-t-il de répondre à cette simple et légitime question lorsqu’elle lui est posée et pourquoi entre-t-il dans une colère noire à sa simple évocation ?

Reformulées plus synthétiquement, les données du problèmes sont les suivantes :

– Nicolas Sarkozy se représentera en 2017 car il voudra irrépressiblement marquer l’Histoire en devenant le premier président à effectuer deux mandats non consécutifs; Et plus personnellement, il voudra écraser François Hollande qu’il méprise et qu’il exècre.

– Jean-Louis Borloo n’aura au contraire pas la force de caractère pour y aller parce que probablement, il n’en a pas réellement envie. Il devra donc se contenter d’être un suiveur et miser sur la bonne locomotive.

– Les deux ont un intérêt commun à voir tomber Fillon : le premier, d’un strict point de vue politique, et le second, par calcul et vengeance.

En outre, si Fillon est élu président de l’UMP, ce qui est aujourd’hui le plus probable, il sera sans cesse écartelé entre les outrances de la Droite forte cornaquée par Patrick Buisson, les coups de menton de Jean-François Copé dont la loyauté trouvera ses limites, et les idées humanistes de l’UDI qui viendra le chahuter sur le terrain économique et social.

Forcé à un grand écart, la lisibilité de sa ligne politique s’en ressentira et Sarkozy aura beau jeu de dénoncer le manque de cohérence de cet « Hollande de droite » le moment venu.

Quel est le véritable objectif de Jean-Louis Borloo ?

La conclusion de ces conjectures est que, peut-être, ne pose-t-on pas à Jean-Louis Borloo la bonne question : et si l’ambition de Borloo n’était pas d’être président de la République mais simplement premier ministre d’un Nicolas Sarkozy qui se représenterait en 2017 ? Un candidat pour qui il jouerait préalablement les brise-glaces en favorisant l’affaiblissement de François Fillon en vue de la bataille des primaires UMP ? Le tout au prix d’une alliance de circonstances avec le président sorti ?

Au mois d’octobre 2011, Jean-Louis Borloo avait dit s’être retiré de la course à l’élection présidentielle pour ne pas diviser son camp et ne pas ajouter de la confusion à la confusion. Ce faisant, il préservait évidemment les chances de Nicolas Sarkozy de l’emporter.

Même si la suite de l’histoire ne fut pas favorable à la droite, la question qui se pose à l’aune de la création de l’UDI est donc : pourquoi Borloo s’était-il désisté ? Par loyauté ? Par déontologie ? Par obligation, chantage ? Ou par calcul politique à long terme ?

En vérité, il n’y a peut-être pas deux mais trois tickets à la présidence de l’UMP : Copé-Chatel-Tabarot d’un côté, Fillon-Wauquiez-Pécresse de l’autre. Mais aussi Sarkozy-Borloo en coulisses ?

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s